SCÈNE II
MERLIN; M. GRASSET , temDt an plat de r6t; M. LA MON- TAGNE, teDaot UD panier de bouteilles.
M. GRASSET, à Merlin.
Monsieur, voilà le rôt
M LA MONTAGNE , à Merlin.
Monsieur, voilà le vin.
MERLUf. *
Vous venez à propos.
(à part.) As me prennent sans doute ici pour l'économe : Profitons de l'erreur, faisons le majordome.
M. GRASSET
Voilà douze poulets à la pâte nourris;
Autant de pigeons gras , dont le^ culs sont farcis ; *
Poules de Canx , pluviers , une demi^ouzaine
De râles de genêt , six lapins de garenne ;
Deux jeunes marcassins, avec quatre faisans :
Le tout est couronné de soixante ortolans;
Et des perdrix , morbleu ! d'un fumet admirable.
Sentez plutôt. Quel baunie!
Oui « je me donne au diable , Ce gibier est charmant ; et je le garantis Bourgeois, et né natif en plaine "Saint-Denis.
M. GRASSET
Monsieur!
MERLIN
Oh ! je connais vos tours. Qu'il vous soui^icnue Qu'un jour, étant chez vous , par malheur la garenne S'ouvrit , et qu'aussitôt on vit toiis vos garçons S'armer habilement de broches , de bâtons ,
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Et qu'ils eurent grand'peine, avec cet air si brave, A faire rembacber au fond de votre cave. Et dans votre grenier, tous les lapins fuyards, Qu'on voyait dans la rue abondamment épars.
M. GRASSET
Je ne mérite pas, monsieur, un tel reproche.
mERUN prend deux perdrix, qu'il met dans sa poche. Donnez-moi deux perdrix : allez coucher en broche , Et souvenez-vous bien , vous et yos galopins , De mieux, à l'avenir, enfermer vos lapms.
(à M. laMoaUgue.) Entrez. Pour vous, monsieur, qui portez la vendange , Vous ne valez pas mieux; ou ne perd rien au change, C est là tout mon vin?
H. LA MONTAGNE
Tout; on n'est pas un fripon.
Il faut être, en ce monde, ou marchand , ou larron.
MERLIN , tirant une bouteille.
On est bien tous les deux. Voyons. Sans vous déplaire. Cette bouteille-ci me parait bien légère. Vous êtes un fripon , un scélérat.
M. LA MONTAGNE
Monsieur, Vous me rendez confus.
MERUN.
Un arabe , un voleur.
M. LA MONTAGNE
Vous avez des bontés l
MERLIN
Sans parler de la colle , Ni des ingrédients dont votre art nous désoie , Je vous y tiens : voUà , monsieur le gargotier. Des bouteilles qui sont faites d'un triple osier. Ah I monsieur le pendard !
(Il défait une bouteille couverte de trois ou quatre osiers, en sorte qu'il n'en demeure qu'un fort petit.)
M. LA H0NT4GNE
Mais ce u*est pas ma faute.
Le marchand..
MERLIN
Se peut-il volerie aussi haute?
14 LE BâL.
De l'or et des grandeurs, je n*en demande pas : Juste ciel , seulement fais qu'avant mon trépas Je puisse de mes yeu x yoir trois de ces corsaires, Ornant superbement trois bois patibulaires, Pour prix de leurs larcins, en public élevés. Danser la sarabande à deux pieds des pavés ! Voilà les vœux ardents que fait pour votre avance Le plus sincère ami que vous ayez en France. Adieu... Laissez-m'en deux, comme un échantillon, Pour montrer qu'à bon droit vous passez pour fripon. (Il les met dans ses poches , et en preod une troisième.)
M. LA MONTAGNE
Vous avez pris mon vin I
M. GRASSET
Qui me paiera ma viande?
MERLIN
Je l'ai fait à dessein. Hippocrate commande ,
Et dit en quelque endroit, que, pour se bien porter,
IJ se faut quelquefois dérober un souper.