‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 50 sur 404 · ANG^QUE · texte numérisé non relu

ANG^QUE

Après un si long temps de pleine jouissance , Vos attraits sont à vous sans contestation.

LA COMTESSE

Et je puis en user à ma discrétion.

ANGÉLIQUE

Sans doute. Et je vois bien qu'il n'est pas impossible Que Valère pour vous ait t)u te cœur sensible. L'or est d'un grand secours pour acheter un cœur : Ce métal , en amour, est un grand séducteur.

LA COMTESSE

En vain vous m'insultez avec un tel langage;

La modération fut toujours mou partage :

Mais ce n'est point par l'or que brillent mes attraits ;

Et jamais , en aimant , je ne fis de faux frais.

Mes sentiments , ma sœur, sont différents des vôtres ;

Si je connais l'amour, ce n'est que dans les autres.

J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts

Mille cœurs amoureux suivre mes étendards :

Un conseiller de robe » un seigneur de finance , Dorante, le marquis , briguent mon alliance; Mais si d'un nouveau nœud je veux bien me lier, Je prétends à Yalère offrir un cœur entier. Je fais profession d'une vertu sévère.

ANGÉLIQUE

Qui peut vous assurer de l'annour de Yalère ?

LÀ' COMTESSE

Qui peut m'en assurer ? mon mérite , je crois.

ANGÉLIQUE

D'autres sur lui , ma sceiir, auraient les mêmes droits.

LA COMTESSE

Il n'eut jamais pour vous qu'une estime stérile. Un petit feu léger, vagabond , volatile. Quand on veut inspirer une solide amour, Il faut avoir vécu , ma sœur, bien plus d'un jour ; Avoir un certain poids, une beauté formée Par l'usage du monde, et des ans confirmée. Vous n'en êtes pas là.

ANGÉLIQUE

J'attendrai bien du tempk

NÉRINE

Madame est prévoyante, elle a pris les devants. Mais on vient.

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