ANG^QUE
Après un si long temps de pleine jouissance , Vos attraits sont à vous sans contestation.
LA COMTESSE
Et je puis en user à ma discrétion.
ANGÉLIQUE
Sans doute. Et je vois bien qu'il n'est pas impossible Que Valère pour vous ait t)u te cœur sensible. L'or est d'un grand secours pour acheter un cœur : Ce métal , en amour, est un grand séducteur.
LA COMTESSE
En vain vous m'insultez avec un tel langage;
La modération fut toujours mou partage :
Mais ce n'est point par l'or que brillent mes attraits ;
Et jamais , en aimant , je ne fis de faux frais.
Mes sentiments , ma sœur, sont différents des vôtres ;
Si je connais l'amour, ce n'est que dans les autres.
J'ai beau m'armer de fier, je vois de toutes parts
Mille cœurs amoureux suivre mes étendards :
Un conseiller de robe » un seigneur de finance , Dorante, le marquis , briguent mon alliance; Mais si d'un nouveau nœud je veux bien me lier, Je prétends à Yalère offrir un cœur entier. Je fais profession d'une vertu sévère.
ANGÉLIQUE
Qui peut vous assurer de l'annour de Yalère ?
LÀ' COMTESSE
Qui peut m'en assurer ? mon mérite , je crois.
ANGÉLIQUE
D'autres sur lui , ma sceiir, auraient les mêmes droits.
LA COMTESSE
Il n'eut jamais pour vous qu'une estime stérile. Un petit feu léger, vagabond , volatile. Quand on veut inspirer une solide amour, Il faut avoir vécu , ma sœur, bien plus d'un jour ; Avoir un certain poids, une beauté formée Par l'usage du monde, et des ans confirmée. Vous n'en êtes pas là.
ANGÉLIQUE
J'attendrai bien du tempk
NÉRINE
Madame est prévoyante, elle a pris les devants. Mais on vient.