ACTI? 11, SCÈNE VIII
Sdis«tu pourquoi Géronte ici les mandait ?
CRISPIN
NOUa
LISETTE
Pour faire son contrat de mariage.
CRISPIN
Ohl diable 1
A son âge, il voudrait nous faire un tour semblable!
LISETTE
Pour Isabelle, un trait décoché par l’Amour Avait, ma foi, percé son pauvre cœur à jour;
Et, frustrant de neveux l’espérance uniforme,
Lui-même il voulait faire un héritier en forme :
Mais le ciel, par bonheur, en ordonne autrement.
Il pense maintenant é faire un testament Où ton maître sera nommé son légataire.
Pour lui comme pour nous il ne pouvait mieux faire.
La nouvelle est trop bonne ; il faut qu’en sa faveur Je t’embrasse et rembrasse, et, ma foi, de bon cœur; Et qu’uu épanchement de joie et de tendresse.
En te congratulant... L’amour qui m’intéresse...
La nouvelle est charmante, et vaut seule un trésor.
D faut, ma chère enfant, que je t’embrasse encor.
LISETTE
Dans tes emportements sois sage et plus modeste.
CRISPIN
Excuse si la joie emporte un peu le geste.
LISETTE
Mais, comme en ce bas monde il n’est nuis biens parfaits Et que tout ne va pas au gré de nos souhaits.
46 LE LÉGATAIRE UNIVERSEL
Il met au testament une fâcheuse clause.
CRISPIN
Et dis-moi, mon enfant, quelle est-elle?
LISETTE
n dispose
De son argent comptant quaî*ante mille écus.
Pour deui parents lointains et qu’il n’a jamais tus.
Quarante mille écus d’argent sec et liquide I De la succession voilà le plus solide.
C’est de l’argent comptant que je fais plus de cas.
Vous en aurez menti, cela ne sera pas,
C’est moi qui vous le dis, mon cher monsieur Gérontt; Vous avez fait sans moi trop vite votre compte.
Et qui sont ces parents?
LISETTE
L’un est un Bas-Normand, frentilhomme, natif d’entre Falaise et Caen ;
L’autre est une baronne et veuve sans douaire.
Qui dans le Maine fait sa demeure ordinaire.
Plaideuse s’il en fut, comme on m’a dit souvent.
Qui, de trente procès, en perd vingt-cinq par an.
CRISPIN
C’est tirer du métier toute la quintessence.
Puisque pour les procès elle a si bonne chance.
Il faut lui faire perdre encore celui-ci.
LISETTE
L’un et l’autre bientôt arriveront ici.
Il faut, mon cher Crispin, tirer de ta cervelle.
Comme d’un arsenal, quelque ruse nouvelle Qui déporte Géronte à leur faire ce legs.