ACTE II, SCÈNE YIU CRISPIN
A-t-il TU quelquefois ces deux parents?
LISETTE
Jamais;
n a su seulement par une lettre écrite Qu’ils Tiendront à Paris pour lui rendre visite.
CRISPIN
Mon visage chez vous n'est-il point trop connu?
LISETTE
Géronte, tu le sais^ ne t’a presque point vu;
Et, pour te dire vrai, je suis persuadée Qu’il n’a de ta figure encore nulle idée.
CRISPIN
Bon. Mon maître sait-il ce dangereux projet, L’intention de l’oncle, et Iq tort qu’on lui fait ?
LISETTE
Il ne le sait que trop : dans son cœur il enrage,
Et voudrait que quelqu’un détournât cet orage.
CRISPIN
Je serai ce quelqu’un, je te le promets bien ;
De la succession les parents n’auront rien ;
Et je veux que Géronte à tel point les haïsse,
Qu’ils soient déshérités, de plus qu’il les maudiss«| Eux et leurs descendants à perpétuité,
Et tous les rejetons de leur postérité,
LISETTE
Quoil tu pourrais, Crispin...
CRISPIN
Va, demeure tranquille;
Le pni qui m’est promis me rendra tout facile ;
Car je dois t’épouser, si...
LE LÉGATAIRE UNIVERSEL
LISETTE
D’accord... mais enfîn...
CRISPIN
CSommeat donc?
LISETTE
Tu m*as l’air d’être un peu libertin.
CRISPIN
Ne nous reprochons rien.
LISETTE
On sait de tes fredaines.
CRISPIN
Nous sommes but à but, ne sais-je point des tiennes?
Tu dois de tous côtés, et tu devras longtemps.
CRISPIN
J'ai cela de commun avec d’honnêtes gens.
Mais enfin sur ce point à tort tu t’inquiètes.
Le testament de l’oncle acquittera mes dettes ;
El tel n’y pense pas, qui doit payer pour m<M.
Mais on vient.
LISETTE
C’est Géronte. Adieu; fuis, sauve-toi.’ Va m’attendre là-bas ; dans peu j’irai t’instruire De ce que pour ton rôle il faudra faire et dire.
CRISPIN
Va, va, je sais déjà tout mon rôle par cœur;
Les gens d’esprit n’ont point besoin de précepteur.