ACTTE III, SCÈNE II
Car yous êtes, dit-on, un avare, un vilain.
Je sais que, pour un sou, d’une ardeur héroïque.
Vous vous feriez fesser dans la place pubhque.
Vous avez, dit-on même, acquis en plus d’un lieu Le titre d’usurier et de fesse-mathieu.
GÉRONTE
Savez-vous, mon neveu, qui tenez ce langage.
Que, si de mes deux bras j’avais encor l’usage.
Je vous ferais sortir par la fenêtre.
CRISPIN
Moi?
GÉRONTE
Oui, VOUS; et dans l’instant sortez.
CRISPIN
1 Ah I par ma foi,
Je vous trouve plaisant de parler de la sorte I C'est à vous de sortir et de passer la porte,
La maison m’appartient : ce que je puis souffrir.
C’est de vous y laisser encor vivre et mourir.
LISETTE
Ah ciel I quel garnement l
GÉRONTE, bas.
Où suis-je t CRISPIN.
Allons, ma mie«
Au bel appartement mène-moi, je te prie.
Est- il voisin du tien? Je le trouve à mon gré ;
Et nous pourrons, la nuit, converser de plain-^ied. Bonne chère, grand feu; que la cave enfoncée Nous fournisse à pleins brocs une liqueur aisée;
Fais main basse sur tout : le bonhomme a bon dos;
LE LÉGATAIRE UNIVERSEL
Et l’on peut hardiment le ronger j jsqu’aux os.
Mon oncle, pour ce soir, il me faut, je vous prie.
Cent louis neufs comptant, en avance d’hoirie ;
Sinon demain matin, si vous le trouvez bon.
Je mettrai de ma main le feu dans la maison.
GÉRONTE, à part.
Grands dieux I vit-on jamais insolence semblable?
LISETTE, bas, à Géronie,
Ce n’est pas un neveu, monsieur, mais c’est un diable. Pour le faire sortir employez la douceur.
GÉRONTE
Mon neveu, c’est à tort qu’avec tant de hauteur Vous venez tourmenter un oncle à l’agonie :
En repos laissez-moi finir ma triste vie,
Et vous hériterez au jour de mon trépas.
CRISPIN
D’accord. Mais quand viendra ce jour?
GÉRONTE
A chaque paa
L’impitoyable mort s’obstine à me poursuivre;
Et je n’ai, tout au plus, que quatre jours à vivre.
CRISPIN
Je vous en donne six ; mais après, ventrebleu J N’allez pas me manquer de parole: ou dans peu Je vous fais enterrer mort ou vif. Je vous laisse.
Mon oncle, encore un coup, tenez votre promesse.
Ou je tiendrai la mienne.
ACfTE III, SCÈNE IH
8CÈHE III
GÉRONTE, LISETTE
LISETTE
Ah I quel homme voilà I Qael neveu vos parents vous ont-ils donné là?
Ce n’est point mon neveu; ma sœur était trop sage Pour élever son fils dans un air si sauvage ;
C’est un fieffé brutal, un homme des plus fous.
LISETTE
Cependant, à le voir, il a quelque air de vous :
Dans ses yeux, dans ses traits, un je ne sais quoi brillas Enfin on s'aperçoit qu’il tient de la famille.
GÉRONTE
Par ma foi, s’il en lient, il lui fait peu d’bonaeur.
Ah I le vilain parent i
LISEITE.
Et vous auriez le cœur De laisser votre bien, une si belle somme,
Vingt mille écus comptant, à ce beau gentilhomme î
GÉRONTE
Moi, lui laisser mon bieni j aimerais mieux cent foi# L’enterrer pour jamais.
LISETTE
Ma foi, je m’aperçois
Que monsieur le neveu, si j’en crois mon présage,
N’aura pas trop gagné d’avoir fait son voyage ;
Et que le pauvre diable| arrivé d’aujourd’hui,
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Aurait aussi bien fait de demeurer chez lui,
GÉRONTK.
Si c’est sur mon bien seul qu’il fonde sa cuisine,
Je t’assure déjà qu’il mourra de famine,
Et qu’il n’aura pas lieu de rire à mes dépens.
LISETTE
C’est fort bien fait : il faut apprendre à vivre aux geni. Voilà comme sont faits tous ces neveux avides,
Qui ne peuvent cacher leurs naturels perfides :
Quand ils n’assomment pas un oncle assez âgé,
Ils prétendent encor qu’il leur est obligé.
Mais Éraste revient; et nous allons apprendre Comment tout s’est passé.