ACTE I, SCÈNE II
LISETTE
Comment diable! Crispin, tu plaides comme un ange!
CRISPLN.
Je le crois. Mon talent te paraît-il étrange?
J’ai brillé dans l’élude avec assez d’honneur,
Et l’on m’a vu trois ans clerc chez un procureur.
Sa femme était jolie; et, dans quelques affaires,
Nous jugions à huis clos de petits commissaires.
LISETTE
La boutique était bonne. Elil pourquoi la quitter?
CRISPIN
L’époux, un peu jaloux, m’en a fait déserter.
Un procureur n’est pas un homme fort traitable.
Sur sa femme il m’a fait des chicanes du diables J’ai bataillé, ma foi, deux ans sans en sortir;
Mais je fus à la fin contraint de déguerpir.
SGÈIÜE II
ÉRÂSTE, CRISPIN, LISETTE.
CRISPIN
Mais mon maître paraît.
ÉRASTE
Abi te voilà, Lisette?
Guéris-moi, si tu peux, du soin qui m’inquiète*
Eh bien, mon oncle est-il en éUit d’être vu?
LISETTE
Ah! monsieur, depuis hier il est encor déchu;
J’ai cru que cette nuit serait la nuit dernière.
Et que je fermerais pour jamais sa paupière.
LE LÉGATAIRE UNIVERSEL
Les lettres de répit qu’il prend contre la mort Ne lui serviront guère, ou je me trompe fort.
ÉRASTE
Ah ciel t que dis-tu là?
C’est la vérité pur».
ÉRASTE
Quel que soit mon espoir, je sens que la nature Excite dans mon cœur de tristes sentiments.
CRISPIN
Je sentis autrefois les mêmes mouvements Quand ma femme passa les rives du Cocyte,
Vour aller en bateau rendre aux défunts visite.
J’en avais dans le cœur un plaisir plein d’appas,
Comme tant de maris l’auraient en pareil cas;
Cependant la nature, excitant la tristesse,
Faisait quelque conflit avecque l’allégresse.
Qui, par certains ressorts et mélanges confus, Combattaient tour à tour et prenaient le dessus;
En sorte que l’espoir... la douleur légitime...
L’amour... On sent cela bien mieux qu’on ne l’ exprima. Mais ce que je pais dire, en vous accusant vrai.
C’est que, tout à la fois, j’étais et triste et gaï.
ÉRASTE
Je ressens pour mon oncle une amitié sincère ;
Je donne dans son sens en tout pour lui complaire ;
Quoi qu’il dise ou qu’il fasse, ayant le droit ou non.
Je conviens avec lui qu’il a toujours raison.
Il faut que le vieillard soit mal dans ses affaires. Puisqu’il m’a commandé d’aller chez deux notaires.