‹ Theatre de RegnardChapitre 5 sur 91 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

CRISPIN

Deuï notaires I hélas l cela me fend le cœur.

LISETTE

C’est pour instrumenter avecque plus d’honneur.

ERASTE

Ehl dis-moi, mon enfant, en pleine confidence,

Puis-je, sans me flatter, former quelque espérance?

LISETTE

Elle est très-bien fondée ; et, depuis quelques jours.

Avec madame Argante il tient certains discours.

Où l’on parle tout bas de legs, de mariage;

Je n’ai de leur dessein rien appris davantage.

Votre maîtresse est mise aussi de l’entretien.

Pour moi, je crois qu’il veut vous laisser tout son biei^ Et vous faire épouser Isabelle.

ÉRASTE

Ah I Lisette I

Que tu flattes mes sensi que ma joie est parfaite!

Ce n’est point l’intérêt qui m’anime aujourd’hui;

Un dieu beaucoup plus fort et plus puissant que lui, L’Amour, parle en mon cœur : la charmante Isabelle Est de tous mes désirs une cause plus belle.

Et pour le testament me fait faire des vœux...

LISETTE

L’amour et l’intérêt seront contents tous deux.

Serait-il juste aussi qu’un si bel héritage De cent cohéritiers devînt le sot partage?

Verrais-je d’un œil sec déchirer par lambeaux Par tant de campagnards , de pieds plats, de nigauds, Cne succession qui doit, par parenthèse.

Vous rendre un jour heureux et nous mettre ù notre aise?

22 LE LÉGATAIRE UNIVERSEL

Car vous savez, monsieur...

ÉRASTE

Va, tranquillise-toi;

Ce que j’ai dit est dit; repose-toi sur moi.

LISETTE

Si votre oncle vous fait le bien qu’il se propose.

Sans trop vanter mes soins, j’en suis un peu la cause Je lui dis tous les Jours qu’il n’a point de neveux Plus doux, plus complaisants ni plus respectueux.

Non par l’espoir du bien que vous pouvez attendre. Mais par un naturel et délicat et tendre.

CRISPIN

Que cette fille-là connaît bien votre cœur i Vous ne sauriez, ma foi, trop payer son ardeur.

Je dois dans peu de temps contracter avec elle : Ri?gardez-la, monsieur; elle est et jeune et belle; N’allez pas en user comme de l’autre, non!

LISETTE

Monsieur Géronte vient; il faut changer de ton.

Je n’ai poinj eu le temps d’aller chez les notaires, l’oi, qui m’as trop longtemps parlé de tes affaires.

Va vite, cours, dis-leur qu’ils soient prêts au besoiüî L’un s’appelle Gaspard et demeure à ce coin:

Ei l’autre un peu plus bas et se nomme Scrupula.

CRISPIN

Voilà pour un notaire un nom bien ridicule.

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