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LE LÉGATAIRE, ACTE IV, SCÈNE I

• ERASTE

Il est vrai, cher Gnspin ; mais enfin tu sais bien Que cela ne fait pas presque le quart du bien Qu^en la succession mes soins pouvaient prétendre,

Et que le testament me donnait lieu d’attendre;

Des maisons à Paris, des terres, des contrats,

Offraient bien à mon cœur de plus charmants appas :

Non que l’ardeur du gain et la soif des richesses Me fissent ressentir leurs indignes faiblesses ;

Cj’est d’un plus noble feu que mon cœur est épris.

Je devais épouser Isabelle à ce prix;

Ce n’est qu’avec ce bien, qu’avec ces avantages.

Que je puis de sa mère obtenir les suffrages :

Faute de testament, je perds, et pour toujours.

Un bien dont dépendait le bonheur de mes jours.

CRISPIN

J’entre dans vos raisons, elles sont très-plausibles ;

Mais ce sont de ces coups imprévus et terribles Dont tout l’esprit humain demeure confondu.

Et qui mettent à bout la plus mâle vertu.

Pour marquer au vieillard sa dernière demeure,

O mort I tu devais bien attendre encore une heure ;

Tu nous aurais tous mis dans un parfait repos.

Et le tout se serait passé bien à propos.

ERASTE

Faudra-t-il qu’un espoir fondé sur la justice En stériles regrets passe et s’évanouisse?

Ne saurais-tu, Grispin, parer ce coup fatal,

Et trouver promptement un remède à mon mal?

Tantôt tu méditais un héroïque ouvrage ;

C’est dans les grands dangers qu’on voit un grand courage.

LE LÉGATAIRE UNIVERSEL

CRISPIN

Oui, je croyais tantôt réparer cet échec ;

Mais à présent j’échoue, et je demeure à sec :

Un autre en pareil cas serait aussi stérile.

S’il fallait, par hasard, d’un coup de main habilt, Soustraire, escamoter sans bruit un testament Où vous seriez traité peu favorablement,

Peut-être je pourrais, par quelque coup d’adresse, Exercer mon talent et montrer ma prouesse ;

Mais en faire trouver alors qu’il n’en est point,

Le diable avec sa clique, et réduit en ce point,

Fort inutilement s’y casserait la tête;

Et cependant, monsieur, le diable n’est pas bête,

ÉRASTE

Tu veux donc me confondre et me désespérer?

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