ACTE IV, SCÈNE VI
CRISPIN, aux notaires.
Messieurs, je suis ravi, quoique à l’extrémité.
De vous voir tous les deux en parfaite santé.
Je voudrais bien encore être à l’âge où vous êtes; Et, si je me portais aussi bien que vous faites,
Je ne songerais guère à faire un testament.
M. SCRUPULE
Cela ne vous doit point chagriner un moment: Rien n’est désespéré : cette cérémonie Jamais d’un testateur n’a raccourci la vie;
Au contraire, monsieur, la consolation D’avoir fait de ses biens la distribution Répand au fond du cœur un repos sympathique, Certaine quiétude et douce et balsamique.
Qui, se communiquant après dans tous les sens. Rétablit la santé dans quantité de gens.
CRISPIN
Que le ciel veuille donc me traiter de la sorte I
’A Lisette.)
Messieurs, asseyez-vous. Toi, va fermer la porte,
M. GASPARD
D’ordinaire, monsieur, nous apportons nos soins Que ces actes secrets se passent sf.ns témoins.
Il serait à propos que monsieur prît la peine D’aller avec madame en la chambre prochaine.
LISETTE
Moi, je ne puis quitter monsieur un seul moment.
ÉRASTK.
Mon oncle sur ce point dira son sentiment.
CRISPIN
Ces personnes, messieurs, sont sages et discrètes;
88 LE LÉGATAIRE UNIVERSEL
Je puis leur confier mes yolontés secrètes.
Et leur montrer l’excès de mon aiîection,
M. SCRUPULE
Nous ferons tout au gré de votre intention.
L’intitulé sera tel que l’on doit le faire,
Et Ton le réduira dans le style ordinaire.
(// dicte à M, Gaspard, qui écrit,) Par-devant... fut présent... Géronle... et cætera.
(A Gérante),
Dites-nous maintenant tout ce qu’il vous plaira.
CRISPIN
Je veux premièrement qu’on acquitte mes dettes.
ÉRASTE
Nous n’en trouverons pas, je crois, beaucoup de faites.
CRISPIN
Je dois quatre cents francs à mon marchand de vin,
Ün fripon qui demeure au cabaret voisin.
M. SCRUPULE
Fort bien. Où voulez-vous, monsieur, qu’on vous enteirtf
CRISPIN
A dire vrai, messieurs, il ne m’importe guère.
Qu’on se garde surtout de me mettre trop près De quelque procureur chicaneur et mauvais ;
11 ne manquerait pas de me faire querelle ;
Ce serait tous les jours procédure nouvelle,
Et je serais encor contraint de déguerpir.
Tout se fera, monsieur, selon votre désir.
J’aurai soin du convoi, de la pompe funèbre.
Et n’épargnerai rien pour la rendre célèbre.