‹ Theatre de RegnardChapitre 73 sur 91 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Bourgeois, et aé natif en plaine Saint-Denis.

M. GRASSET

Monsieur i

MERLIN

Oh 1 je connais vos tours. Qu’il vous souvienne Qu’un jour, étant chez vous, par malheur la garenne S’ouvrit, et qu’aussilôt on vit tous vps garçons S’armer habilement de broches, de bâtons.

Et qu'ils eurent grand’peine, avec cet air si brave,

A faire rembûcher au fond de votre cave,

Et dans votre grenier, tous les lapins fuyards Qu’on voyait dans la rue abondamment épars.

M. GRASSET

Je ne mérite pas, monsieur, un tel reproche.

MERLIN prend deux perdrix qu'il met dans sa poche. Donnez- moi deux perdrix : allez coucher en broche;

Et souvenez- vous bien, vous et vos galopins,

De mieux à l’avenir enfermer vos lapins.

[A M, La Montagne,)

Entrez. Pour vous, monsieur, qui portez la vendange. Vous ne valez pas mieux; on ne perd rien au change. C’est là tout mon vin?

M. LA MONTAGNE

Tout; on n’est pas un fripon.

D faut être en ce monde ou marchand ou larron.

MERLIN, tirant une bouteille.

On est bien tous les deux. Voyons. Sans vous déplaire, Cette bouteille-ci me paraît bien légère.

Vous êtes un fripon, un scélérat.

M. LA MONTAGNE

Monsieur,

126 LE BAL

Vous me rendez confus.

MERLIN

Un Arabi, un Toleur,

M. LA MONTAGNE

Vous avez des bontés l

MERLIN

Sans parler de la colle

Ni des ingrédients dont votre art nous désole...

Je vous y tiens : voilà, monsieur le gargotier.

Des bouteilles qui sont faites d’un triple osier.

Ah I monsieur le pendard 1

(// défait une bouteille couverte de trois ou quatre osier's^ en sorte qu'il n'en demeure qu'un fortfetit,) M. LA MONTAGNE.

Le marchand...

Mais ce n'est pas ma faute.

MERLIN

Se peut-il volerie aussi haute?

De îW et des grandeurs, je n’ea demande pas*.

Juste ciel, seulement fais qu’avant mon trépas Je puisse de mes yeux voir trois de cès corsaires,

Ornant superbement trois bois patibulaires,

Pour prix de leurs larcins, en public élevés,

Danser la sarabande à deiii pieds des pavés 1 Voilà les TOéüx ardents que fait |)our votre avance Le plus sincère ami que vous ayez en France.

Adieu... Laissez-m’en deux comme un échantillon.

Pour montrer qu’à bon droit vous passez pour fripon.

(Il les met dans sa poche et en prend une troisième,) M. LA MONTAGNE.

Vous avez pris mon vin i

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