‹ Theatre de RegnardChapitre 8 sur 91 · ÉRASTE, LISETTE. LE LAQUAIS · texte numérisé non relu

ÉRASTE, LISETTE. LE LAQUAIS

MADAME ARGANTE

Nous avons ce matin appris de vos nouvelles.

Qui nous ont mis pour vous en des peines mortelles ; Vous avez, ce dit-on, très-mal passé la nuit.

GÉRONTE

Ce sont mes héritiers qui font courir ce bruit;

Ils me voudraient déjà voir dans la sépulture :

Je ne me suis.jaraais mieux porté, je vous jure.

ÉRASTE

Mon oncle a le visage, ou du moins peu s’en faut.

D’un galant de trente ans.

LISETTE, à part.

Oui, qui mourra bientôt.

GÉRONTE

Je serais bien malade, et plus qu’à l’agonie,

51 des yeux aussi beaux ne me rendaient la vie.

MADAME ARGANTE

Ma fille, en ce moment, vous voyez devant vous Celui que je vous ai destiné pour époux.

GÉRONTE

Oui, madame, c’est vous (pour le moins je m’en flatte) Qui guérirez mes maux mieux qu’un autre Hippocrate. Vous êtes pour mon cœur comme un julep futur.

Qui doit le nettoyer de ce qu’il a d’impur;

Mon bymen avec vous est un sûr émétique ;

Et je vous prends enfin pour mon dernier topique.

ISABELLE

Je ne sais pas, monsieur, pour quoi vous me prenez; Mais ce choix m’interdit, et vous me surprenez.

MADAME ARGANTE

Monsieur, vous épousant, vous fait un avantage Qui doit faire oublier et ses maux et son âge;

Et vous n’aurez pas lieu de vous en repentir.

ISABELLE

Madame, le devoir m’y fera consentir;

Mais peut-être monsieur, par cette loi sévère.

Ne trouvera-t-il pas en moi ce qu’il espère.

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