ACTE î, SCËNE Vîl
Je sais ce que je suis, et le peu que je vaux Pour être, comme il dit, un remède à ses maux;
Il se trompe bien fort, s’il prétend, sur ma mine, Devoir trouver en moi toute la médecine.
Je connais bien mes yeux ; ils ne feront jamais Une si belle cure et de si grands effets .
ÉRASTE
Au pouvoir de ces yeux je rends plus de justice.
GÉRONTE
Au feu que je ressens si l’amour est propice,
Avant qu’il soit neuf mois, sans trop me signaler. Tous mes collatéraux auront à qui parler :
Dans le monde on saura dans peu de mes nouvelles.
LISETTE, à part,
Abl par ma foi, je crois qu’il en fera de belles. ■ (Haut)
Si le diable vous tente et veut vous marier.
Qu’il cherche un autre objet pour vous apparier.
Je m’en rapporte à vous ; madame est vive et belle,
11 lui faut un époux qui soit aussi vif qu’elle.
Bien fait et de bon air, qui n’ait pas vingt-cinq ans; Vous, vous êtes majeur, et depuis très-longtemps.
A voire âge, doit-on parler de mariages?
Employez le notaire à de meilleurs usages.
C’est un bon testament, un testament, morbleu,
Bien fait, bien cimenté, qui doit vous tenir lieu De tendresse, d’amour, de désir, de ménage,
De femme, de contrats, d’enfants, de mariage.
J’ai parlé; je me tais.
GÉRONTE
Vraiment^ c'est fort bien fait 3
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Qui vous a donc si bien affilé le caquet?
LISETTE
La raison.
GÉRONTE, à madame Argante et à Isabelh» De ses airs ne soyez bien blessées;
Elle me dit parfois librement ses pensées :
Je le souffre en faveur de quelques bons talents.
LISETTE
Je ne sais ce que c’est que de flatter les gens.
ÉRASTE
Vous avez très-grand tort de parler de la sorte; Je voudrais me porter comme monsieur se porte. Il veut se marier; et n’a-t-il pas raison D’avoir un héritier, s’il peut, de sa façon?
Quoi ! refusera-t-il une aimable personne Que son heureux destin lui réserve et lui donne? Ah 1 le ciel m’est témoin, si je voudrais jamais De sort plus glorieux pour combler mes souhaits l
ISABELLE
Vous me conseillez donc de conclure l’affaire?
ÉRASTE
Je crois qu*en vérité vous ne sauriez mieux faim.
ISABELLE
Vos conseils amoureux et vos rares avis,
Puisque vous le voulez, monsieur, seront suivis.
MADAME ARGANTE
Ma fille sait toujours obéir quand j’ordonne.
ÉRASTE
Oui, je vous soutiens, moi, qu’une jeune personnn^ Malgré sa répugnance et l’orgueil de ses sens,
Doit suivre aveuglément le choix de ses parents ;