‹ Theatre de RegnardChapitre 81 sur 91 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Madame, un air ou deux calment bien la douleur,

MERLIN

Écoutez-Ie, de grâce, un seul moment sans peine; Et, s’il ne vous plaît pas, soudain je le rengaine.

(Il ouvre Vétui dans lequel est Valère,)

Cet instrument, madame, est-il de votre goûtr

LÉONOR

Que vois-je? c’est Valèrel

LISETTE

Et Merlin!

MERLIN

Point du tout;

Je suis un Bas-Breton.

VALÈRE

Non, belle Léonore,

Je n’ai pu résister au feu qui me dévore;

Et, puisqu’on rompt les nœuds qui nous avaient liés. Je viens dans ce moment expirer à vos pieds.

LÉONOR

A quoi m’exposez-vous?

VALÈRE

Pardonnez à mon zèla.

LÉONOR

Mon père va venir.

LISETTE

Je ferai sentinelle.

LÉONOR

Mais que prétendez-vous?

VALÈRE

Vous prouver mon amoiff.

Pour détourner l’hymen qu’on veut faire en ce jour.

142 LE BAL

Souffrez que cet amour soit en droit de tout fairo.

LISETTE

fiarel tout est perdu, j’aperçois votre père.

MERLIN, à Valère.

Rentrez vite; ( Valère rentre dans Pétuûf

LISETTE

Non, non; ce n’est^ pas encor lui, MERLIN.

Maugrcbleu de la masque! Allons rouvrir l’étui.

C’est Lisette, monsieur, qui cause ce vacarme.

(A Lisette,)

Fais mieux le guet au moins : une seconde alarm^j Démonterait; morbleu, T instrument pour toujours.

VALÈRE, sortant de Vélui,

Ahi madame, aujourd’hui secondez nos amours;

Évitez d’un rivari’odieuse poursuite;

Ce soir, pendant le bal, livrez-vous à la fuite.

LÉONOR

Mais comment?

VALÈRE

De Merlin vous saurez pleinement,., LISETTE.

Vite, vit3, rentrez, monsieur de l’instrument.

Ahi Merlirt, pour le coup, c’est Géronte en personna.

valère.

àb I madame...

■ MERLIN, à. Valère.

Eh! rentrez.

{Valère rentre dans rétuï,) LÉONOR, à Merlin.

A toi je m’abandonne, iElle sert,')

SGÈÎTE ZI

SGÈNE SI

M. GÉRONTE, SOTENGOUR, LISETTE, MERLC^ VALÈRE, (tans Cèlui.

MERLIN, feignant (T être en colère.

Oui, vous êtes un sot en bécarre, en bémol.

Par la clef d’F ut fa, C sol ut, G ré^sol.

De la sorte insülter la musique bretonne I

SOTENGOUR.

Lisette', quelle est donc c«Ue mine boüffonnef

LISETTE

C’est un musicien Bas-Breton.

SOTENGOUR.

Bas-Breton I

Cet homme doit chanter sur un diable de ton.

Je crois dès à présent sa musique enragée ; •

Jamais de son pays il n’est venu d’Orphée ;;

Pour des doubles bidets, passe.

MERLIN

Fat, animalp

Vil carabin d’orchestre, atome ^musical,

Par la mort...

SOTENGOUR, V arrêtant.

Doucement.

MERLIN

Tenez-moi, je vous prioi Si j’échappe une fois, je 'veux avoir sa vie.

Laissez...

(Il donne un coup sur les doigts de Soiencowr^

LE BAL

SOTENCOUR.

Si je te tiens, je veux être empalé... MERLIN, revenant.

Comment I me soutenir que mon air est piiîé \ Un air délicieux, que j’estime, que j’aime,

Et que j’ai pris plaisir à composer moi-même Dans Quimper-Gorentin.

M. GÉRONTK.

Il a tort.

Cela ne se dit point.

LISETTE

Entre nous

SOTENCOUR.

Là, là, consolez-vous;

Ce n’est pas un grand mal; on ne voit point en franca Punir de ces larcins la fréquente licence.

Mais que vois-je I Est-ce à vous ce petit instrument?

MERLIN

Pour vous servir, monsieur.

SOTENCOUR.

J’en joue élégamment.

Je vais vous régaler d’un petit air.

MERLIN, Varrétant,

De grâce,

Je ne puis m’arrêter... U faut...

SOTENCOUR.

Sur cette basse

Je veux que l’on m’entende un moment préluder.

MERLIN

Vous seriez trop longtemps, monsieur, à l’accorder; Et de plus mon valet a la clef dans sa poche.

8CÊNE XI

SOTENCOUR.

Tous ces gens-là sont faits de croche et d’anicroche; Je vous dis que je veux.,.

Vous en joûrez fort mal î

L’instrument est breton.

MERLIN

Et tant soit peu brutal; Vous l’entendrez tantôt, je me ferai connaître;

Et vous verrez pour lors quel homme je puis être.

SOTENCOUR.

Quoil vous voulez, monsieur, donner concert céans t

MERLIN

Je cherche à me produire aux yeux d’habiles gens,

SOTENCOUR.’

Vous venez tout à point. Ce soir je me marie;

De la noce et du bal souffrez que je vous prie.

MERLIN

Volontiers : j’y prétends figurer comme il faut.

LISETTE^ à Merlin,

Faites toujours porter votre instrument là-haut.

SOTENCOUR, h Merlin,

Allons, Tenez, monsieur, je m’en vais vous conduire; Moi-même dans le bal je veux vous introduire.'^ MERLIN, en reportant son étui.

Et je m’introduirai de moi-même au soupé.

{A part,)

Ma foi, nous et l’étui l’avons bien échappé»

SGÈIÜE Xll

SOTENGOUR, LISETTE,

SOTENCOUR.

Eh bien, que dirons-nous? Où donc est. ta maîtresset Je vois qu’è me prouver la belle peu s’empresse;

Si nous ne nous cherchons jamais plus volontiers,

Je ne lui promets pas grand nombre d’Jiériliers.

LISETTE

Boni je^ sais des maris qui, peur éviter noise,

N’ont jamais approché leurs femmes d’une toise,

Et qui ne laissent pas d’avoir en leur maison Un grand nombre d’enfants qui portent tous leur nom,

SOTEI^COUR.

Je sais que Léonor aime un certain Valère,

Un fat, 'un freluquet, qui n’a Theur de lui plaira Que par sou air pincé; Jïiais c’est un petit fou.

Sans esprit, sans mérite, et qui u’a pas un sou:

On m’a dit seulement que sa langue babille.

LISETTE

Et que 'faut-il de plus pour toucher une fille?

Ouil... Dis à (Léonor, en termes clairs et nets.

Que je ne veux pas être époux ad'honores.

Vois-tu, je ne suis pas de ces gens déboniiaires Qui font valoir leur femme en des mains étrangère»; Et, mettant à profit un salutaire affront.

Lèvent à petit bruit un impôt sur leur iront.

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