Théâtre de salon
Ce livre a peut-être une certaine opportunité dans un moment où la comédie de salon prend beaucoup de faveur, à la ville et à la campagne. Plusieurs de ces comédies sont médites ; mais elles ont déjà été jouées, hors du théâtre, par d'excellents artistes, entre autres par mesdames Plessy et Judith, MM. Bressant et Brindeau, M.etmadameLagrange, pour lesquels ces pièces furent composées, en vue du salon : en les publiant aujourd'hui, on les donne à leur domaine naturel, le répertoire du paravent. Ceux, parmi les comédiens bourgeois, qui recherchent de préférence le style naturel des portiers, ou la langue de l'argot moderne, ou l'esprit de la trivialité bouffonne, sont prévenus qu'ils ne trouveront rien de tout cela dans ce recueil. L'auteur a eu le bonheur de voir le grand monde parisien, et, après avoir longtemps écouté, il a essayé de se souvenir.
f EISLIOTHECA
Il y a, dans chaque siècle, quelques esprits moroses qui dénigrent le présent et exaltent le passé, méthode qui remonte aux contempteurs dont parle Horace : ainsi, on a bien voulu dire mille fois que la langue de la causerie distinguée et l'esprit aristocratique du salon avaient subi une forte décadence, dans le siècle où nous avons le malheur de vivre. Nous n'avons pas connu les salons de madame Geoffrin et de madame du Déliant, mais nous avons eu l'honneur de fréquenter quinze ans les salons de madame Émjle de Girardin et de M. le duc de Choiseul ; là ont passé devant nous, et ont parlé à côté de nous, humble auditeur, tous ceux qui ont été grands par l'esprit et la distinction du langage, et nous osons affirmer que notre siècle n'a rien à envier à ses aînés pour ce genre d'illustration intime. On a peut-être mieux écrit autrefois, mais on n'a jamais mieux parlé qu'aujourd'hui, chez les femmes surtout. Nous sommes en décadence de ce côté, la chose est notoire; l'Attila de l'argot nous envahit, c'est incontestable; la trivialité du patois naturel triomphe sur toute la ligne, c'est évident. Le mal a commencé le jour où les hommes ont cessé d'écouter leurs professeurs de salon, les femmes.