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SCÈNE XI Les Mêmes, hors CHARLOTTE

Tout ce que je demande , c'est de voir marier les autres avant moi, et de rester garçon. Voilà déjà le cinquième mariage que je fais dans les bois de haute futaie de ce département. Ma tactique est superbe : je me bats avec un rival, je me garde bien de le tuer ; il se trouve heureux de vivre, je l'oblige à se marier ou à recommencer le duel; il se marie, nous sommes en fête, je deviens locataire du chûtcau, j'en fais une auberge, un gîte, un rendez-vous de chasseurs. J'ai déjà cinq auberges et cinq amis mariés , de-

puis le bois de Satory jusqu'au bois de Saint-Germain ; monsieur Baralier, vous serez le sixième, et je ne m'arrêterai pas là; il me faut trente amis, trente gîtes de braconnier. J'ai cré(5 un genre : je suis seul, indépendant, au milieu de l'esclavage de \os libertés; je ne connais ni la loi, ni la police, ni la garde nationale ; il me faut la table des autres, la maison des autres, la femme des autres. Vous êtes tous des barbares^ je suis seul civilisé.

BARALIER.

Charmant ! charmant !

HIPPOLYTE

11 faut vous dire qu'hier au soir; j'ai demandé madame de Saint-Marc, ma cousine, en mariage.

BARALIER.

A qui donc?

HIPPOLYTE

A elle-même, parbleu!... Elle m'a traité de fou, d'enfant; elle m'a envoyé chasser. J'ai compris tout de suite qu'il y avait un mariage daffaires là-dessous, et j'ai tremblé de me voir exilé à perpétuité de ce château par quelque mari inconnu, brutal, jaloux et furieux contre les cousins; tandis qu'avec ce bon Baralier, nous serons ici comme auparavant, joyeux chasseurs, bons amis, gais convives, avenir superbe ! vie dépicuriens! table ouverte! Paris à la campagne! âge d"or! et chemin de fer!...

BARALIER.

Bravo! moucher cousin! vous le voyez! je suis aussi jeune que vous.

OABRIEL.

Plus jeune.

U.NE VEUVE IiNCO.NSOLABLE. -271

Vous pourriez tMrc votre fils.

GABRIEL

Maintenant, mon clier Baralier, ne perds pas une minute : cours chez ton notaire, fais tes invitations, règle tes affaires de garçon et marie-toi demain, si tu peux; les veuves sont capricieuses : qui perd du temps perd une veuve, dit un proverbe normand.

LE PORTIER, annonçant.

M. Léon d'Orvignv.

HIPPOLYTE

Ah ! voici une visite qui arrive mal à propos.

GABRIEL

C'est ce jeune homme si sombre...?

HIPPOLYTE

Oui, avec une tournure de tragédie.

GABRIEL

Peut-être le mari de Melpomène; je vais le mettre a a porte de chez nous en le priant d'oublier l'allée du perron.

BARALIER.

Je vous en prie, messieurs, n'effrayons plus ma belle prétendue. Soyons raisonnables comme des hommes de trente ans; retirons-nous en silence, c'est le meilleur moyen de le congédier.

HIPPOLYTE

Sortons, comme dans les vaudevilles, en fredonnant un air ténébreux en sourdine.

TOUSj avec un grand fracas de voix.

(Air ad libitum.)

Sortons,

Partons

En silence.

On s'avance,

On nous suit.

On s'avance.

Sortons,

Partons

En silence.

Sans bruit.

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