CI.OTILDE
Et moi, je dirai à tout le monde que tu as un secret... Je vais commencer par madame de Lucy... Justement (aiiant près (lu pavillon de droite) j'culeuds du brult cliez ma maîtresse; elle se lève, elle va sonner.
VINCENT, arrêtant Clotilde.
Garde-toi bien de parler!
Cî OTILDE.
Alors parle, tui... Vincent, vois-tu, quand on m'annonce un secret, on me met un feu d'artifice sous les talons.
VINCENT
Je vais l'éteindre... Écoute, si tu tiens à ta place comme
je tiens à la mienne, tu seras bien obligée de garder un secret pour la première fois... M. de Lucy, mon maître,, et madame de Lucy, la maîtresse, ne sont pas mariés.
CLOTILDE
Vrai?
VINCENT
J'ai fait celte découverte hier au soir. . ..
GLOTILDE.
Et comment?
VINCENT
Comme on fait toutes les découvertes, par hasard... en lisant une lettre ouverte sur une cheminée.
CLOTILDE
C'est très-mal, très-mrl, Vincent. Lire une lettre!... oh!
Je ne voulais pas la lire; mais il y a des lettres qui vous obligent à les regarder du bout de l'œil, quand elles s'ouvrent d'elles-mêmes sans aucune discrétion.
Enfin, le mal est fait... n'en parlons plus... De qui était cette lettre?
VINCENT
De madame de Lucy.
CLOTILDE
Adressée?
VINCENT
A M. de Lucy.
CLOTILDE
Signée?
VINCENT
Lavinia, veuve Feltyplace.
CLOTILDE
Datée?
VINCENT
D'hier, 24 juin 1854.
CLOTILDE
Tu as été bien indiscret, Vincent... Enfin le mal est fait, n'en parlons plus.
VINCENT
.N'en parlons plus.
CLOTILDE
As-lu retenu quelques passages de cette lettre? »
VINXENT.
Un seul... il n'y en avait qu'un.
CLOTILDE
Peux-tu me le dire sans indiscrétion?
VINCENT
Avec indiscrétion... Le voici. Je l'ai appris par cœur à mon insu. — « Cher monsieur, je vous donne vingt-quatre heures pour deviner une faute que vous avez commise, aujourd'hui, dans notre promenade à la station du chemin de fer de Birmingham. Votre vraiment dévouée, Lavinia, veuve Fettyplace. »>
CLOTILDE
Et lu as reconnu l'écriture de ma maîtresse?
VINCENT
Parbleu !... Oh ! ils ne sont pas mariés! c'est sûr.
CLOTILDE
Eh bien, cela change-t-il quelque chose à notre coq-, dilion?
VJN'CENT.
Oui!... Nous sommes plus forts.
CLOTILDE
Comment?
VJNCENÏ.
Nous avons le secret de nos maîtres, et ils n'ont pas le nôtre; nous les dominons; nous les dominons, c'est dans l'ordre, ils sont nos maîtres! — Où serait le charme de l'obéissance passive, si nous n'avions pas le plaisir de tromper?
CLOÏILDE.
Cachons-leur donc toujours bien que nous sommes mariés, nous !
VINCENT
C'est facile; il n'y a qu'à ne jamais nous disputer devant eux; ils ne nous croiront jamais mariés.
CLOTILDE
Adopté unanimement, (eiic passe à gauche.)
VINCENT, la prenant par le bras et se promenant vers la droite avec elle.
Maintenant, ma petite femme, ne me donneras-tu rien en échange du secret que je te donne?
CLOTILDE, réflochissanl.
Voyons...
VINCENT
Cherche bien.
CI>0TII,DE, rénéchissant toujours.
J'ai beau chercher...
VINCENT, sarrélant.
Clotilde, vous êtes une ingrate, et vous cachez un secret
à voiro mari. Eh bien, jf, n^^i pas ou Itesoin de les yeux pour voir; les miens comptent pour quatre.
CT.OTILDE.
Et qu'as-tu vu avec tes quatre yeux?
VINCENT
Écoute, Clotilde.. Hier, j'ai suivi mon maître dans sa promenade à cheval de tous les jours, du côté d'Everington.