‹ Théâtre de salonChapitre 137 sur 158 · CI.OTILDE · texte numérisé non relu

CI.OTILDE

Et moi, je dirai à tout le monde que tu as un secret... Je vais commencer par madame de Lucy... Justement (aiiant près (lu pavillon de droite) j'culeuds du brult cliez ma maîtresse; elle se lève, elle va sonner.

VINCENT, arrêtant Clotilde.

Garde-toi bien de parler!

Cî OTILDE.

Alors parle, tui... Vincent, vois-tu, quand on m'annonce un secret, on me met un feu d'artifice sous les talons.

VINCENT

Je vais l'éteindre... Écoute, si tu tiens à ta place comme

je tiens à la mienne, tu seras bien obligée de garder un secret pour la première fois... M. de Lucy, mon maître,, et madame de Lucy, la maîtresse, ne sont pas mariés.

CLOTILDE

Vrai?

VINCENT

J'ai fait celte découverte hier au soir. . ..

GLOTILDE.

Et comment?

VINCENT

Comme on fait toutes les découvertes, par hasard... en lisant une lettre ouverte sur une cheminée.

CLOTILDE

C'est très-mal, très-mrl, Vincent. Lire une lettre!... oh!

Je ne voulais pas la lire; mais il y a des lettres qui vous obligent à les regarder du bout de l'œil, quand elles s'ouvrent d'elles-mêmes sans aucune discrétion.

Enfin, le mal est fait... n'en parlons plus... De qui était cette lettre?

VINCENT

De madame de Lucy.

CLOTILDE

Adressée?

VINCENT

A M. de Lucy.

CLOTILDE

Signée?

VINCENT

Lavinia, veuve Feltyplace.

CLOTILDE

Datée?

VINCENT

D'hier, 24 juin 1854.

CLOTILDE

Tu as été bien indiscret, Vincent... Enfin le mal est fait, n'en parlons plus.

VINCENT

.N'en parlons plus.

CLOTILDE

As-lu retenu quelques passages de cette lettre? »

VINXENT.

Un seul... il n'y en avait qu'un.

CLOTILDE

Peux-tu me le dire sans indiscrétion?

VINCENT

Avec indiscrétion... Le voici. Je l'ai appris par cœur à mon insu. — « Cher monsieur, je vous donne vingt-quatre heures pour deviner une faute que vous avez commise, aujourd'hui, dans notre promenade à la station du chemin de fer de Birmingham. Votre vraiment dévouée, Lavinia, veuve Fettyplace. »>

CLOTILDE

Et lu as reconnu l'écriture de ma maîtresse?

VINCENT

Parbleu !... Oh ! ils ne sont pas mariés! c'est sûr.

CLOTILDE

Eh bien, cela change-t-il quelque chose à notre coq-, dilion?

VJN'CENT.

Oui!... Nous sommes plus forts.

CLOTILDE

Comment?

VJNCENÏ.

Nous avons le secret de nos maîtres, et ils n'ont pas le nôtre; nous les dominons; nous les dominons, c'est dans l'ordre, ils sont nos maîtres! — Où serait le charme de l'obéissance passive, si nous n'avions pas le plaisir de tromper?

CLOÏILDE.

Cachons-leur donc toujours bien que nous sommes mariés, nous !

VINCENT

C'est facile; il n'y a qu'à ne jamais nous disputer devant eux; ils ne nous croiront jamais mariés.

CLOTILDE

Adopté unanimement, (eiic passe à gauche.)

VINCENT, la prenant par le bras et se promenant vers la droite avec elle.

Maintenant, ma petite femme, ne me donneras-tu rien en échange du secret que je te donne?

CLOTILDE, réflochissanl.

Voyons...

VINCENT

Cherche bien.

CI>0TII,DE, rénéchissant toujours.

J'ai beau chercher...

VINCENT, sarrélant.

Clotilde, vous êtes une ingrate, et vous cachez un secret

à voiro mari. Eh bien, jf, n^^i pas ou Itesoin de les yeux pour voir; les miens comptent pour quatre.

CT.OTILDE.

Et qu'as-tu vu avec tes quatre yeux?

VINCENT

Écoute, Clotilde.. Hier, j'ai suivi mon maître dans sa promenade à cheval de tous les jours, du côté d'Everington.

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