SCÈNE VIII
CLOTILDb;, LAVIMA.
Clotilde... voici une lottre que vous aurez soin de me donner devant M. de Lucy... devant lui, vous entendez?
CLOTILDE, sortant du pavillon.
Oui, madame.
LAVINIA
Ah! Clotilde, quelle est votre opinion sur Vincent, le valet de chambre de M. de Lucy?
• CLOTILDE, embarrassée.
^lais je le crois trôs-honni}te, Irùs-fidùle...
Fidèle à qui?
CLOTILDE
Mais à son maître... (a pari.) Est-ce qu'elle se douterait de notre, mariage?
LAVINIA
Que pensez-vous de son caractère?
CLOTILDE
Madame, je lui parle fort peu, et je suis- trop jeune encore pour commencer mes études sur les valets de cbanT--
bre... Cependant je crois que M. Vincent a un excellent
caractère.
LAVINIA
Eh bien, Clolilde, prendriez-vous Vincent pour mari?
CLOTILDEj avec un mouTemenl de surprise.
Pour mari ?
LAVINIA
Oui, épouseriez-vous Vincent sans répugnance? clotu.de.
Eh bien, madame, à vous parler avec franchise, ce mariage serait assez de mon goût.
LAVINIA
Cela suffit... Je vous établirai, Clotilde... et trés-convenablement... vous serez satisfaite... Au reste, j'ai remarqué, depuis six mois, que vous viviez en très-bonne intelligence avec Vincent... M. de Lucy a fait la même observation de son côté... Jamais l'un de vous deux n'élève une plainte contre l'autre. C'est chose rare qu'un pareil accord entre valet de chambre et femme de chambre qui ne sont pas mariés...
CLOTILDE
Oh! il est vrai de dire que nous ressemblons à un bon ménage.
LAVINIA
Vous continuerez après, n'est-ce pas?
CLOTILDE
C'est si facile, après! Est-ce que mari cl fcnmic se querellent?
LAVINIA
Quelquefois.
CLOTILDE
Mais ils ont toujours un raccommodement tout prêt sur les lèvres : ils sont mariés.
LAVINIA
C'est jusle... Eh bien, Clotilde, voici la conclusion de tout ceci : faites ce que je vous ai dit, et ma récompense ne sera pas longtemps attendue. N'oubliez pas ma lettre et faites entrer M. Gipson en secret, comme vous l'avez fait hier.
Bien, madame. Je vais attendre le moment favorable dans le jardin.
(Elle sort du cùlc du pavilluii do Lavinia.)