SCÈNE V LA DUCHESSE
Sur son honneur de soldat et de gentilhomme, il a juré qu'il n'avait jamais connu mon mari... Alors voilà une de ces ressemblances morales qui bouleversent l'imagination!... En écoutant ce je.une homme, je crois entendre mon mari... Tout à l'heure, il parlait d'une vision comme mon mari parlait lui-môme de mon portrait devant le peintre... presque les mêmes détails, les mômes expressions...; il a les préférences, les goûts, les idées originales que j'aimais tant chez M. de Valbreuse... jusqu'à cette délicate théorie sur les fleurs! Deux frères jumeaux ne se ressem-
bleraient pas mieux par l'esprit et le cœur... Cela m't'pouvante et me charme tout à la fois... Et puis, quelle distinction dans toute sa personne ! quel dédain de la conver- . sation vulgaire, ce langage prétendu naturel de tous les I hommes ennuyeux!.. Il est de l'école de mon mari, et il n'a pas connu son maître!... C'est incroyable, et je le crois. S'il y avait pour moi des hommes dangereux, celui-là serait redoutable; je Técouterais avec délices pendant des heures entières, tant il ressemble à M. de Valbreuse ! C'est une sorte d'infidélité innocente qui prend sa source dans la fidélité... Cela me rassure complètement.