‹ Théâtre de salonChapitre 86 sur 158 · SCÈNE X MISS ANGÉLLNA, LE COMTE, LADY KATRINA · texte numérisé non relu

SCÈNE X MISS ANGÉLLNA, LE COMTE, LADY KATRINA

LADY KATRINA.

Ah ! chère cousine... je vous ai bien regrettée là-haut!

Et moi, là-bas.

LADY KATRINA.

Un coup d'œil plus beau qu'à Richmond !

MISS ANGÉLINA, avec une dignité comique.

Vous osez parler de Richmond !

LADY KATRINA.

Pourquoi pas?

MISS ANGÉLINA

Richmond ! le paradis officiel des jeunes mariés de Londres! Oh! milady, vous parlez comme une veuve octogénaire!... L'ombre de sir Robert, votre mari, est indignée en vous écoutant.

LADY KATRINA. i

Je n'ai pas peur des ombres.

MISS ANGÉLINA

Je me voile le visage avec mon éventail

LADY KATRINA.

Voilez... (Au comte.) Mousieui le cicérone, je ue vous tiens pas quitte de la légende.

LE COMTE

Je suis aux ordres de milady.

LADY KATRINA , à miss Angélina.

Vous allez voir, il parle comme un gentleman.

MISS ANGÉLINA

Et vous, ma cousine, vous parlez comme la veuve d'un brasseur. Venez, cousine, partons. J'use de mon autorité de chef de famille. Obéissez. Je songe à l'honneur de vos aïeux , moi !

LADY KATRINA.

Oh I mes aïeux ont passé leur vie à mourir d'ennui dans les brouillards d'Ecosse, et je veux vivre, moi!

MISS ANGÉLINA

Vous allez devenir amoureuse d'un manant ! Vous oubliez la devise de notre famille : JSobility for nobility. « Noblesse pour noblesse! » Pourquoi ne me suis-je jamais mariée , moi ?

LADY KATRIXA,

Parce que vous n'avez jamais trouvé de mari.

MISS ANGÉLINA

Raison bourgeoise!... Parce que tous mes prétendants remontaient à peine, par leurs aïeux, à Charles l"; ime noblesse de deux siècles ! des hommes de rien ! des gens qui , en naissant , avaient oublié de naître et avaient leur épitaphe écrite sur leur berceau !

LADY KATRINA.

Eh bien, soit! Je vous accorde tout.

MISS ANGÉLINA

Et partons!

Oui, après la légende... une légende sur cette fenêtre... celle-là... une histoire d'amour.

MISS ANGÉLINA

Je déteste l'amour.

LADY KATRINA.

Vous n'écouterez pas... Asseyez-vous... Monsieur le cicérone, nous attendons la légende.

(Conrad se monlre à la porte avec un banc.) LE COMTE, repoussant Conrad et prenant le banc.

Va-t'en! (a Angéiina.) Voici un siège pour madame.

LADY KATRINA.

A la campagne, tout siège est bon.

MISS ANGÉLINA

Je reste debout.

LADY KATRINA.

Je m'assois.

MISS ANGÉLINA , à lady Kalrina.

Une conduite odieuse!... On va vous prendre pour une Française !

Tant mieux !

LADY KATBINA.

MISS ANGÉLINA

Vous finirez par épouser un Parisien !

LADY KATRINA.

Eh bien, si c'est mon destin, je me résigne... Le bonheur ne m'épouvante pas... Que voulez-vous, ma chère cousine!... Je m'ennuie à la mort... l'ennui fane la beauté, l'ennui est le père de la laideur.

Miss ANGÉLINA.

L'ennui est honorable !

LADY KATRINA.

Je me passe de l'honneur qu'il me fait. J

MISS ANGÉLINA. '

Oh! je n'y tiens plus! je vais vous attendre là, sous un *

arbre. l

LADY KATRINA.

On peut choisir, il y a une forêt.

MISS ANGELINA

Si Londres voyait une pareille conduite, il rougirait pour ; son avenir parisien! Voilà le bénéfice des chemins de fer... Douze heures de Londres à Paris!... Nos pères mettaient douze jours... C'était le bon temps! Les hommes portaient des spencers et les femmes des chapeaux Paméla. Cet âge d'or ne reviendra plus. Nous étions monotones de vertu, et 4 on nous citait comme des modèles à l'univers anglais. >•

LADY KATRINA.

Oui, du temps d'Henri VIII, qui a épousé huit femmes, comme Barbe-Bleue.

MISS ANGÉLINA

Vous perdez toute retenue... vous insultez la constitution... Je me couvre en signe de détresse et je sors.

(Elle se coiffe à la bile et en sens inverse, et sort à grands pas.)

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