SCÈNE XII
Les Précédents, MISS ANGÉLINA.
MISS ANGÉLINA, reculant d'efiroi.
Ah ! mon Dieu !
LADY KATRINA, à miss Angéliua.
Ne faites pas attention : il joue une légende.
LE COMTE, se relfivant
• Une légende en action.
Miss AKGÉLINA,
Je suis anéantie de stupéfaction!
LADY KATRINA.
Vous VOUS anéantissez pour la moindre chose!
MISS ANGÉLIXA.
Un domestique à vos pieds est donc une petite chose?
LADY KATRINA.
Aimeriez-vous mieux que ce fût un marquis?
MISS ANGÉLINA
J'aimerais mieux que ce ne fût personne.
Oubliez ce détail, chère cousine, et écoutons ensemble le dernier chapitre de la légende, (euc fait un signe au comte.)
LE COMTE
Chapitre dernier. — La belle châtelaine, ne daignant plus écouler le jeune page, disparut avec la légèreté d'une gazelle et s'enferma dans son donjon. Huit jours se passèrent, et la folie du désespoir éclata dans la tête du malheureux jeune homme. Un soir, après avoir rôdé à travers jardins, galeries et cours, il poussa un cri d'adieu et se précipita dans l'abîme ouvert sous celle fenâlie...
LADY KATRINA.
Ah ! mon Dieu !
LE COMTE
Le lendemain, la belle Edith pleura el reprit le deuil.
LADY KATRINA, seleran'.
Cela ne se reverra plus.
LE COMTE
Cela peut se revoir,
LADY KATRINA.
En France?
LE COMTE
Non, en Allemagne.
LADY KATRINA.
Il n'y a plus de pages.
Il y a des hommes.
MISS ANGÉLINA, descendant la scène.
Ma cousine, ce soir, nous partons pour Cologne.
LADY KATRINA.
Y songez-vous?... Votre docteur vous a ordonné vingt jours d'Kms, et nous sommes au dixième.
MISS ANGÉLINA
Tant pis pour mon docteur!... Payez cet homme et partons. Je ne payerai pas mon docteur.
LADY KATRINAj ouvrant un porte-monnaie.
Monsieur le cicérone, ces dix frédérics d'or ne payent pas votre légende.
LE COMTE
J'ai eu le bonheur d'être écouté, ce qui ne m'est pas arrivé depuis mon entrée à Lahneck : voilà ma plus belle récompense. J'attacherais bien plus de prix à un souvenir... un souvenir cueilli sur cette fenêtre... ce bouton d'or qui joue avec la brise de midi.
LADY KATRINA.
Vous refusez vos honoraires de cicérone?
LE COMTE
Oui, milady... Ce château de Lahneck a fait de moi un homme des anciens jours. On oublie notre millésime bourgeois de 18o5 sur ces nobles débris de la chevalerie. Le siècle de l'argent s'évanouit devant ce fantôme du siècle de l'honneur. Les généreux instincts revivent dans les âmes. Le présent se transfigure dans l'auréole du passé. Une jeune femme, belle comme Edith, est descendue du ciel aujourd'hui sur cette montagne; elle m'a donné le bonheur delà voir et l'honneur d'être écouté par elle : je ne demande rien de plus à la bonté de la femme et à la générosité de Dieu.
LADY KATRINA, à part.
Oui, cet homme m'épouvante! 11 ne fait pas bon ici...
parlons! (Haui.) Chère cousine, n'ouljliez pas votre ombrelle.
MISS ANGÉLINA
Le paquebot de Coblence par( cà trois heures.
LADY KATRINA.
Eh bien, qu'il parte !
LE COMTE
J'attends mon salaire.
LADY KATRINA.
Cousine, je vous suis, (au comte.) Une fleur d'or! triste monnaie pour un cicérone.
LE COilTE.
C'est la seule que je ne dépenserai pas.
LADY KATRINA, cueillant la fleur.
C'est un caprice de moyen âge ! Chevalier de Lanheck, mettez cet or dans votre escarcelle.
LE COMTE
Non, sur mon cœur.
Et faites des économies.
LE COMTE
Mon cœur est prodigue, mais il gardera ce trésor.
(Ladj Katrlna fait un léger salut et va rejoindre sa cousine sur la porte. — Elles sortent.)
LE COMTE, seul.
Je suis présenté ! Achevons mon ouvrage, (u appelle.) Conrad î Conrad !