LEGENDE NAPOLITAINE
Jouée dans un salon.
PERSONNAGES
RÉGINA Mmes Stella Collas.
SILVIA Amédine LCTHER.
LÉON A Flecrt.
CARMEN Anais DescléE.
ALBENZA Balla-Ret.
Voici rheuie où tout dort. — Dans sa villa de marbre,
Le riche fait la sieste, et le pauvre, sous l'arbre;
C'est le minuit du jour au mois de juin. Mes sœurs,
En été, le sommeil a de grandes douceurs;
Mais il vaut mieux veiller, je crois : veiller, c'est vivre!
Vivons parmi ces fleurs dont le parfum enivre ;
Vivons en écoutant le murmure lointain
Qu'apporte à ma villa le flot napolitain,
Les concerts du jardin, le son des mandolines
Qui chante avec l'écho de nos vertes collines,
Et suivons, à travers le rideau des palmiers.
Ces barques fendant l'air comme un vol de ramiers.
SILVIA
Ma sœur, tu nous dis là des choses trop connues; Finis en commençant, car, si tu continues. Il arrivera...
RÉGINÀ.
Quoi?
SILVIA
Nous nous endormirons.
CARMEN
La chaleur et l'ennui pleuvent aux envh'ons; Parlons toutes; chantons, car moi, ma chère amie. Moi, rien qu'en l'écoutant, je me suis endormie.
RÉGINA
Écoutez... Près de nous, j'entends des tambourins. Nos instruments de bal !
SILVIA
Ce sont des pèlerins Ou des bohémiens...
CARMEN
Est-ce ainsi que tu parles Des artistes qui vont débuter à Saint-Charles?
SILVIA
Moi, j'aimerais beaucoup mieux danser,
LÉONA ET ALBENZA.
Nous aussi.
RÉGINA
Eh bien, faites venir dix beaux danseurs ici ; Combien en manque-t-il?
SILVIA
Dix.
CARMEN
Un peu trop.
RÉGINA
Nous sommes Dans ma villa, couvent que j'interdis aux hommes Jusqu'à mon mariage.
SILVIA
Oh ! ce sera tard.
LÉONA
Mais,
Dis-nous, quand crois-tu donc prendre un mari?
RÉGINA
Jamais.
SILVIA
C'est encore plus tard.
LÉONA
Oh! Régina veut rire.
SILVLA.
Si nous causions ainsi jusqu'au soir, sans rien dire. Comme les hommes font quand ils parlent entre eux?
LÉONA
J'aime mieux dormir... Cherche un sujet plus heureux.
SILVIA
Je ne trouve plus rien.
CARMEN
Le dessin, la peinture, Peuvent...
SILVIA
Point de travail en été !
LÉONA
La lecture N'est pas un dur travail; on peut bien, en lisant. S'amuser jusqu'au soir.
SrLVIA.
Mais quel livre amusant Choisirons-nous?
LEON A
C'est
vrai.
SILVIA
Voilà le difficile.
RÉGINA
J'ai l'histoire,
in
-quarto
, de Naple et de Sicile...
SILVIA
Garde-la.
CARMEN
Voilà tout?... Tu n'as point de romans, Point d'histoires d'amour, point de livres charmants?
RÉGINA
Rien.
SILVIA
Mon Dieu ! quel ennui ! que la minute est lente! Que le soleil est lourd ! que l'heure est accablante !
LÉONA
Il me vient une idée !
CARMEN
Ah! voyons!...
LÉONA, d'un ton naif.
La voici.
C'est un décaméron qu'il faut créer ici.
LA GBOTTE D'AZUR. 19
SILVIA
L'idée est excellente... Attends, que je vous compte... Nous sommes dix; tout juste !... Il faut nous dire un conte Comme au décaméron florentin. C'est charmant! Une fable très-vraie, une histoire qui ment, Tout sera bon, pourvu que le récit entraîne!
(a Régina.)
Toi, la plus jeune sœur, tu seras notre reine; Couronne de quinze ans, couronne de beauté, Pour nous femmes, voilà la seule royauté.
(a Léona.)
C'est à toi de parler la première. Es-tu prête? Pai's... Cherche dans ton cœur, ou cherche dans ta tôte Un sujet larmoyant ou bien gai; tous les tons Peuvent plaire à l'oreille. Ainsi, nous t'écoutons.
LÉON A
Je vais donc vous conter une histoire charmante
D'un prince de Sicile et de sa jeune amante
Égarés à la chasse, et, quand il fera nuit.
Us verront dans les bois une vitre qui luit.
« Quel bonheur! diront-ils, devoir cette lumière! »
Us doubleront le pas... «Tiens! c'est une chaumière,
Dit le prince, habitée ! et par un bûcheron... »
CARMEN, interrompant.
Cherche donc du plus neuf pour un décaméron ! C'est une vieille histoire! on endort avec elle Tous les enfants,..
19f. THEATRE DE SALON.
RÉGIXA.
J'en sais une neuve.
LÉONA
Laquelle?
C'est la Grotte d\izur
REGINA
CARMEN
Oh! je la sais!
BÉGINA.
Très-bien.