‹ Theatre de Schiller;Chapitre 106 sur 335 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LA BEINE ISABEAU, accompagnée cfufi Page; LES PRÉCÉDENTS.

174 LA PUGELLE D'ORLÉANS.

tout honneur de prince jusqu'à mettre votre main dans la main qui tua votre père ? Seriez-vous insensé au point de croire à une sincère réconciliation avec le dauphin, que vous avez vousmême poussé au bord du précipice? Si près de sa chute, vous voudriez le retenir, et, dans votre démence, détruire, de votre main, votre ouvrage ? C'est ici que sont vos amis. Votre salut repose uniquement sur votre étroite alliance avec l'Angleterre.

LE DUC DE BOURGOGNE

Je suis loin de penser à faire la paix avec le dauphin; mais le mépris, l'insolence de l'orgueilleuse Angleterre, je ne les puis supporter.

ISABEAU

Venez! pardonnez-lui une parole trop prompte. Bien lourds i^OQt les soucis qui pèsent sur le général, et le malheur, vous le savez, rend injuste. Venez! venez! embrassez-vous, laissez-moi promptement guérir et fermer cette plaie, avant qu'elle soit inguérissable.

TALBOT

Que vous en semble, Bourgogne? Un noble cœur s'avoue volontiers vaincu par la raison. La reine a prononcé une parole sage : que la main que je vous offre guérisse la blessure que la précipitation de ma langue vous a faite.

LE DUC DE BOURGOGNE

Madame a dit une parole sensée, et ma juste colère cède à la nécessité.

ISABEAXJ.

Bien! Scellez donc, par un embrassement fraternel, l'alliance renouvelée, et que les vents emportent les paroles échangées! {U duc de Bourgogne et Talbot s'embrassent.)

LIONEL, à party en regardant le groupe.

Bonne chance à la paix conclue par la Furie !

ISABEAU

Nous avons perdu une bataille, généraux ; la fortune nous a été contraire; mais que votre noble courage n'en soit point abattu. Le dauphin désespère de la protection du ciel, et appelle à son aide l'art de Satan ; mais qu'il se soit en vain livré à la damnation, et que son enfer même ne le sauve pas! Une jeune fille victorieuse conduit l'armée de l'ennemi, je veux conduire

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