ACTE I, SCÈNE VI
MORTIMER
Moi aussi, je Tétais, reine! et ma prison s'ouVrit soudain, et tout à coup mon âme se sentit libre, saluant le beau jour de la vie. Alors je jurai haine au Livre, au texte étroit et sombre, pour parer ma tète de fraîches couronnes et me mêler joyeusement aux chœurs joyeux. Beaucoup de nobles Écossais se joignirent à moi, ainsi que de gaies associations de Français. Ils me conduisirent chez votre noble oncle, le cardinal de Guise.... Quel homme! quelle grandeur assurée, sereine et virile!... Comme il est bien né pour gouverner les esprits! Le vrai modèle d'un prêtre royal, d*un prince de TÉglise, tel que jamais je n'en ai vu!
MARIE
Vous avez vu les traits vénérés de cet homme auguste et chèrement aimé, qui fut le guide de ma tendre jeunesse? Oh! parlez-moi de lui! Pense-t-il encore à moi? La fortune lui est-elle fidèle? La vie lui sourit-elle encore? S'élève-t-il toujours dans sa majesté, comme un rempart de l'Église?
MORTIMER
Cet homme excellent descendit lui-même jusqu'à moi , pour m*expliquer les dogmes sublimes de la foi et dissiper les doutes de mon cœur. 11 me montra que le subtil examen de la raison conduit toujours l'homme dans les voies de l'erreur, que ses yeux ont besoin de voir ce que son cœur doit croire, qu'il faut à l'Église un chef visible, et que l'esprit de vérité a présidé aux décisions des Pères des conciles. Comme les trompeuses opinions de mon âme d'enfant s'évanouirent devant son intelli-' gence victorieuse et la persuasion de ses lèvres! Je rentrai dans le sein de l'Église, j'abjurai mon erreur entre ses mains.
MARIE
Ainsi, vous êtes un de ces milliers d'hommes qu'il a saisis par la force céleste de sa parole , comme le sublime prédicateur de la montagne, et conduits au salut éternel!
MORTIMER
Quand bientôt après les devoirs de sa charge le rappelèrent en France, il m'envoya à Reims , où la société de Jésus, dans sa pieuse activité , élève des prêtres pour l'Église d'Angleterre. Je trouvai là le vieil Écossais Morgan, et votre fidèle Lesley, le savant évêque de Ross, qui passent l'un et l'autre sur le sol delà