SCHILLER. — TH. III
France les jours sans joie de Texil.... Je m'attachai étroitement à ces hommes vénérables et me fortifiai dans la foi.... Un jour que je regardais autour de moi dans la maison de Tévêque, mes yeux tombèrent sur un portrait de femme d'un charme merveilleusement touchant : cette image me saisit puissamment au plus profond de mon âme, et je demeurai immobile, ne pouvant maîtriser mon émotion. Alors l'évêque me dit : « Vous avez bien raison de vous arrêter ému devant cette image. La plus belle de toutes les femmes qui vivent ici-bas est aussi la plus malheureuse de toutes. Elle souffre pour notre foi , et c'est dans votre patrie qu'elle souffre. »
MARIE
Le cœur loyal! Non, je n'ai pas tout perdu, puisqu'il m*est resté un tel ami dans mon malheur.
MORTIMER
Là-dessus , il commença à me peindre, avec une éloquence attendrissante , votre martyre et la rage sanguinaire de vos ennemis. Il me montra aussi votre arbre généalogique, me lit voir votre descendance de l'illustre maison des Tudor, me convainquit qu'à vous seule il appartient de régner en Angleterre , non à cette fausse reine, enfantée dans une couche adultère, que son père Henri rejeta lui-même comme une fille bâtarde. Je ne voulus pas me fier à son seul témoignage , je pris conseil de tous les hommes de loi, je feuilletai beaucoup de vieux livres de blason, et tous les gens experts que j'interrogeai me confirmèrent la justice de vos prétentions. Je sais maintenant que vos légitimes droits sur l'Angleterre sont votre seul tort, que ce royaume où vous languissez innocemment captive vous appartient comme votre héritage.
MARIE
Oh! ce droit fatal! Il est la seule source de toutes mes âouf^ frances.
Vers ce temps , je reçus la nouvelle que vous aviez été em^ menée du château de Talbot et confiée à la garde de mon oncle.... Je crus reconnaître dans cette circonstance le bras merveilleux du ciel secourable. Ce fut pour moi l'appel éclatant du destin qui choisissait ma main pour vous délivrer; Mes