SCENE IX
UN CHEVALIER, revêtu dCune armure toute noire ^ la visièrt baissée; JEANNE le poursuit jusque sur le devant de la scène, où U s'arrête et VaHend.
Fourbe! maintenant je reconnais ta ruse! Par une fuite simulée, tu m*as attirée perfidement loin du champ de bataille, et tu as détourné la mort et le destin de la tête de nombreux (ils de l'Angleterre ; mais à présent le trépas t'atteint toi-même.
LE CHEVALIER NOIR
Pourquoi me poursuis-tu et, enflammée d'une telle fureur, t'attaches-tu ainsi à mes pas? Je ne suis pas destiné à périr de ta main.
JEANNE
Tu m'es odieux jusqu'au fond de l'âme, autant que la nuit, qui est ta couleur. Un désir invincible me pousse à te ravir la lumière du jour. Qui es-tu? Lève ta visière.... Si je n'avais vu le valeureux Talbot* tomber dans la bataille, je dirais que tu es Talbot.
LE CHEVALIER NOIR
La voix de l'esprit prophétique est-elle muette en toi ?
JEANNE
Elle me crie au plus profond de mon âme que mon malheur est là près de moi.
LE CHEVALIER NOIR
Jeanne d'Arc! Tu as pénétré jusqu'aux portes de Reims, sur les ailes de la victoire. Contente-toi de la gloire acquise. Laisse aller la Fortune , qui t'a servie en esclave , avant qu'elle s'irrite et s'affranchisse elle-même ; elle hait la fidélité et ne sert personne jusqu'à la fin.
JEANNE
Quoi! tu veux que je m'arrête au milieu de ma course et que j'abandonne ma tâche! Je l'achèverai, j'accomplirai mon vœu.