ACTE III, SCÈNE IX
LE CHEVALIER MOIR
Rien ne peut ré^ster à ton bras tout-puissant : dans tout combat tu triomphes.... Mais ne fengage plus dans nul combat. Écoute mon avertissement!
JEANNE
Mes mains ne déposeront pas ce glaive , avant que l'orgueilleuse Angleterre soit abattue.
LE CHEVALIER MOIR
Regarde! Là s'élève Reims avec ses tours , le but et le terme de ta course.... Tu vois briller le faîte de la haute cathédrale. C'est là que tu dois entrer pompeusement, en triomphe, couronner ton roi, accomplir ton vœu.... N'y entre point! Retourne sur tes pas ! Écoute mon avertissement.
JEANNE
Qui es-tu , être fourbe , à la langue double , qui veux m'effrayer et me troubler? Quelle est ton audace de m'annoncer traîtreusement un faux oracle? (Le Chevalier noir veiU se retirer^ elle lui barre le chemin.) Non, tu me répondras ou mourras de ma main ! {Elle veut lui porter un coup. )
LE CHEVALIER NOIR la touche de la main; eUe demeure
immobile.
Tue ce qui est mortel. {Nuit , éclairs et tonnerre. Le Chevalier s*abime.) JEANNE demeure c^abord stupéfaite^ mais bientôt elle se rassure.
Ce n'était pas un être vivant. C'était un fantôme trompeur de l'enfer, un esprit rebelle , sorti du gouffre de feu , pour ébranler dans mon sein mon noble cœur. Qui craindrais-je, avec répée de mon Dieu? Je veux achever victorieusement ma route, et quand l'enfer même entrerait en lice , on ne verra mon courage ni céder ni chanceler. {Elle veut se retirer.)