ACTE IV, SCÈNE III
JEANNE, regardant avec terreur.
C'est elle, c'est elle-même ! Oui, c'est ainsi qu'elle m'apparut. Voyez comme elle regarde, comme son front se ride, quels éclairs de courroux jaillissent de ses sombres paupières !
AGNÈS
Oh ! ^Ue est hors d'elle-même ! Reviens à toi ! Reconnais-toi ! Tu ne vois rien de réel. C'est la terrestre imitation de son image , elle-même habite au milieu des chœurs célestes.
JEANNE
Vierge terrible, viens-tu pour châtier ta créature? Immolemoi, punis-moi, prends tes foudres et lance-les sur ma tête coupable. J'ai rompu mon alliance, j'ai profané, blasphémé ton saint nom !
DUNOIS
Malheur à nous! Qu'est-ce que cela? Quels funestes discours!
LA HiREy stupéfait, à du Chdtel.
Comprenez-vous cette étrange émotion ?
DU chAtel.
Je vois ce que je vois.* Depuis longtemps je h craignais.
DUNOIS
Comment? Que dites-vous?
DU chAtel.
. Ce que je pense , je n'ose le dire. Plût au ciel que ce fût passé et que le roi fût couronné !
LA mHE.
Comment ? La terreur qui sortait de cette bannière s'est-elle retournée contre toi-même ? Que les Anglais tremblent devant ce signe , c'est aux ennemis de la France qu'il est redoutable , mais il est propice à ses fidèles citoyens.
JEANNE
Oui, tu as raison. Il est propice aux amis et lance l'épouvante sur les ennemis. (On entend la marche du couronnemerit.)
DUNOIS
Prends donc la bannière ! prends-la! Le cortège se met en marche , il n'y a pas un moment à perdre ! {Ils lui mettent de force la bannière dans les mains; eUe la prend avec ime vive résis-tance y et sort; Us autres suivent.)