ACTE I, SCÈNE VI
MARIE, après wie pause.
Non, Mortimer! Une vaine crainte vous aveugle. C'est la sollicitude de votre cœur fldèle qui vous crée d*inutiles frayeurs. Ce n*est pas l'échafaud que je crains , sir. Il est encore d'autres moyens, des moyens plus secrets, par lesquels la souveraine d'Angleterre peut se mettre en garde et en repos contre mes prétentions. Avant qu'il se trouve pour moi un bourreau^ un assassin pourrait bien se laisser soudoyer.... Voilà ce qui me fait trembler, sir ! et jamais je ne porte à mes lèvres le bord de la coupe sans être saisie d'un frisson , sans penser qu'elle pourrait m'étre versée par l'amour de ma sœur.
MORTIMER
Ni ouvertement, ni en secret, le meurtre ne réussira a attenter à votre vie. Soyez sans crainte! Tout .est déjà prêt. Douze nobles jeunes hommes du pays sont associés avec moi ; ils se sont engagés ce matin, en recevant la sainte communion, à vous enlever de force de ce château. Le comte del'Aubespine.rambassadeut* de France, est informé du complot; il y prête lui-même les mains, et c'est dans son palais que nous nous rassemblons.
MARIE
Vous me faites trembler, sir.... mais ce n'est pas de joie. Un funeste pressentiment me traverse le cœur. Qu 'allez-vous entreprendre? Le savez-vous? N'êtes-vous pas effrayé par les têtes sanglantes de Babington, de Tichburn, exposées, comme un sinistre avertissement, sur le pont de Londres? par la perte de tant d'infortunés qui ont trouvé la mort à se risquer de même, et n'ont fait qu'alourdir mes chaînes? Malheureux jeune homme, égaré et séduit... fuyez! fuyez, s'il en est temps encore.... si l'espion Burleigh n'a pas déjà vent de votre projet, s'il n'a déjà mêlé parmi vous un traître! Fuyez promptement de ce royaume! Aucun mortel heureux n'a encore protégé Marie Stuart.
MORTIMER
Je ne suis pas effrayé par les têtes sanglantes de Babington , de Tichburn, exposées, comme un sinistre avertissement, sur le pont de Londres , ni par la perte de tant d'infortunés qui ont trouvé la mort à se risquer de même. Us y trouvèrent aussi une gloire immortelle; et c'est déjà un bonheur de mourir pour votre délivrance.
MARIE
C'est en vain! Ni la force, ni la ruse ne me sauveront. L'ennemi est vigilant et il a le pouvoir. Ce n'est pas seulement Paulet et la troupe de ses geôliers, c'est toute l'Angleterre qui garde les portes de ma prison. La libre volonté d'Elisabeth peut seule me les ouvrir.
MORTIMER
Oh! ne l'espérez jamais!
Il est un seul homme qui pourrait les 'ouvrir.
MORTIMER
Oh! nommez-moi cet homme!
MARIE
Le comte Leicester.
MORTIMER recule étonné.
Leicester! le comte Leicester!... Votre plus sanglant persécuteur, le favori d'Elisabeth.... C'est de lui....
MARIE
Si je puis être sauvée, ce n'est que par lui.... Allez le trouver; ouvrez-vous franchement à lui, et, comme preuve que c'est moi qui vous envoie, portez-lui cet écrit. Il renferme mon portrait. {Elle tire un papier de son sein. Mortimer recule et hésite à le prenr dre.) Prenez. Je le porte déjà depuis longtemps sur moi, parce que la sévère vigilance de votre oncle me fwmait tout chemin pour arriver à lui.... C'est mon bon ange qui vous a envoyé....
MORTIMER
Reine.... cette énigme.... expliquez-la-moi.
MARIE
Le comte Leicester vous l'expliquera. Fiez-vous à lui , il se fiera à vous.... Qui vient?
KENNEDY, entrant à la hdte.
Sir Paulet approche avec un seigneur de la cour.
MORTIMER
C'est lord Burleigh. Possédez-vous, reine! Écoutez avec calme ce qu'il vient vous apprendre. {Il s'éloigne par um porte de côté. Kennedy le suvt.)