ACTE I, SCÈNE VI
amis approuvent joyeusement ma pensée, le cardinal me donne ses conseils et sa bénédiction , et m'enseigne Tart difficile de la dissimulation. Le plan fut bientôt formé et je repris la route de ma patrie, où, vous le savez, j'ai abordé il y a dix jours. (// s'arrête.) Je vous vis, reine.... vous-même! non votre image!... Oh! quel trésor renferme ce château! Ce n'est point une prison, c'est un palais des dieux, plus éclatant que la royale cour d'Angleterre.... Oh! bienheureux à qui il est donné de respirer le même air que vous ! Elle a bien raison celle qui vous cache si profondément ! Toute la jeunesse d'Angleterre se lèverait , pas une épée ne demeurerait oisive dans le fourreau, et la révolte, à la tête gigantesque, marcherait par cette île paisible, si l'Anglais voyait sa reine !
MARIE
Trop heureuse si tous les Anglais la voyaient avec vos yeux !
MORTIBiER.
Ah ! s'ils étaient , comme moi , témoins de vos souffrances , témoins de cette mansuétude, de ce noble empire sur vous-même avec lesquels vous supportez un sort indigne ! Car ne sortezvous pas en reine de toutes ces épreuves douloureuses ! L'ignominie de la prison en^ève-t-elle rien à l'éclat de votre beauté? Vous manquez de tout ce qui pare la vie, et pourtant la lumière et la vie rayonnent constamment autour de vous. Jamais je ne pose le pied sur ce seuil , que mon cœur ne soit déchiré , en proie aux tortures , qu'il ne soit ravi du bonheur de vous con* templer!... Mais la décision approche, redoutable; à chaque heure le danger s'accrott et presse de plus en plus. Je ne puis tarder plus longtemps*... vous cacher plus longtemps la terrible nouvelle... «
Ma sentence est-elle prononcée? Apprenez-le-moi librement. Je puis l'entendre.
MORTIMER
Elle est prononcée. Les quarante-deux juges vous ont déclarée coupable. Les chambres des lords et des communes, la cité de Londres pressent vivement l'exécution de l'arrêt. Seule, la reine tarde encore.... par une cruelle ruse, pour qu'on la cntoraigne, non par un sentiment d'humanité ou par clémence.
20 MARIE STUÂRT.
MARIE, avec calme.
Sir Mortimer, vous ne me surprenez pas, vous ne m'effrayez pas. Depuis longtemps déjà j*étais préparée à ce message. Je connais mes juges. Après les mauvais traitements que j'ai soufferts, je comprends bien qu'on ne peut me rendre la liberté.... Je sais où l'on en veut venir. On veut me garder dans une prison perpétuelle, et enterrer avec moi ma vengeance, mes légitimes prétentions, dans la nuit de la captivité. 0
MOHTIMER.
Non, reine.... oh! non, non! on ne s'en tiendra pas là. La tyrannie ne se contentera pas de faire son œuvre à demi. Tant que vous vivrez, vivra aussi la crainte au cœur de la reine d'Angleterre. Aucune prison ne peut vous ensevelir assez profondément; votre mort seyle assure son trône.
MARIE
Elle oserait placer outrageusement sur le billot, sous la hache du bourreau, ma tête couronnée?
MORTIMER
Elle l'osera; n'en doutez pas.
MARIE
Elle pourrait ainsi rouler dans la poussière sa propre majesté, celle de tous les rois ? Et ne craint-elle pas la vengeance de la France?
Elle conclut avec la France une paix perpétuelle ; elle donne au duc d'Anjou son trône et sa main.
MARIE
Le roi d'Espagne n'armera-t-il pas?
MORTIMER
Tout un monde en armes ne l'épouvante pas , tant qu'elle est en paix avec son peuple.
MARIE
Elle voudrait donner ce spectacle aux Anglais ?
MORTIMER
Ce pays, milady, a vu, dans ces derniers temps, plus d'une femme royale descendre du trône pour monter sur l'échafaud sanglant. La propre mère d'Elisabeth a suivi ce chemin, ainsi que Catherine Howard, et lady Gray aussi était une tète couronnée.