‹ Theatre de Schiller;Chapitre 158 sur 335 · ACTE V, SCÈNE IV. S · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV. S

JEANNE

Je ne suis pas sans guide. Tu as entendu le tonnerre qui gronde au-dessus de moi. Mon destin me conduit. Ne t'inquiète pas, j'arriverai au but, sans le chercher.

BAmOND.

Où voulez-vous aller! Ici sont les Anglais, qui ont juré d'exercer sur vous une vengeauce sanglante.... Là sont les nôtres, qui vous ont repoussée, bannie....

JEANNE

Rien ne m'atteindra qui ne soit inévitable.

RAIUOND.

Oui vous cherchera de la nourriture? Qui vous protégera contre les botes féroces et les hommes plus féroces encore î Qui vous soignera, si vous êtes malade, exténuée ?

JEANNE

Je connais toutes les herbes, toutes les racines; j'ai appris de mes brebis à distinguer ce qui est salutaire de ce qui est vénéneux.... Je connais le cours des astres et la marche des nuages, et j'entends le murmure des sources cachées. L'homme a besoin de peu, et la nature est riche en aliments.

RAiMOHD /ut prend la main.

Ne voulez-vous pas rentrer en vous-même t vous réconcilier avec Dieu.... retourner, par le repentir, dans le giron de la sainte Église î

JEANNE

Toi aussi tu me crois coupable de ce grand pédiéî

RAIUOND.

N'y suia-je pas contraint î Votre ai

JEANNE

Toi . qui m'as suivie dans ma misé soit resté fidèle , qui s'attache à moi , repoussée, tu me crois aussi une r SOD Dieu.... {Raifiwndse lail.}Oh! ce

RAIUOND , ilOInK.

Vous ne seriez réellement pas une magicienne î

JEANNE

Moi une magicienne T

236 LA PUCELLE D'OBLÉANS.

BAIUOND.

Et ces miracles , vous les auriez accomplis par la puissance de Dieu el de ses saints.

JEANNE

Et par quelle autre donc?

RAIHOND.

Et vous êtes restée muette à cette affreuse accusation î Vous parlez maintenant , et devant le roi , quand il importait de parler , vous étiez muette!

JEANNE

Je me suis soumise en silence au destin que Dieu , mon maître, voulait que je subisse.

RAIMOND

Vous ne pouviez rien répondre à votre père !

JEANNE

Puisque cela venait de mon père , cela venait de Dieu , et l'épreuve aussi sera paternelle.

RAIHOND.

Le ciel lui-même attestait votre faute.

JEANNE

Le ciel parlait , voilà pourquoi je me suis tue.

RAIMOND

Comment? Vous pouviez d'un mot vous justifier, et vous avez laissé le monde dans cette malheureuse erreur?

JEANNE

Ce n'était pas une erreur , mais un ordre d'en haut.

RAMOND

Vous avez souffert, innocente, toute cette honte, et nulle

Page 1