‹ Theatre de Schiller;Chapitre 17 sur 335 · ACTE I, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE Vil

sceaux, et Howard qui conduit les flottes du royaume. Dites! la souveraine d'Angleterre pouvait-elle faire plus que de choisir, dans toute la monarchie, les plus nobles, et de les établir juges dans ce royal débat? Et pût-on croire que la haine et l'esprit de parti égarât l'un d'eux.... quarante hommes d'élite peuvent -ils s'accorder dans une sentence dictée par la pas* sion ?

MARIE , après un moment de silence.

J'écoute avec étonnement le puissant langage de cette bouche qui de tout temps me fut si funeste.... Gomment pourrai-je, femme ignorante, me mesurer avec un si habile orateur?... Soit ! si ces lords étaient tels que vous les dépeignez, je devrais rester muette , ma cause serait perdue sans espoir , s'ils me déclaraient coupable. Mais ces noms que vous proclamez avec éloge, qui doivent m'écraser par leur poids, milord, je les vois jouer un tout autre rôle dans les annales de ce pays. Je vois cette haute noblesse d'Angleterre, le majestueux sénat du royaume, flatter, comme les esclaves du sérail , les caprices de sultan de Henri VIII, mon grand-oncle.... Je vois cette noble chambre haute , aussi vénale que les communes si faciles à acheter, porter des lois et les abroger, rompre et nouer des mariages , suivant que le mattre l'ordonne, déshériter aujourd'hui des princesses d'Angleterre, les flétrir du nom de bâtardes , et demain les couronner comme reines. Je vois ces dignes pairs, quittant en un clin d'œil une conviction pour une autre , changer, sous quatre règnes, quatre fois de croyance....

BURLEIGH

Vous vous dites étrangère aux lois de l'Angleterre; dans Phistoire de ses malheurs , vous êtes fort instruite.

MARIE

Et ce sont là mes juges!... Lord trésorier, je veux être juste envers vous : soyez-le aussi envers moi!... On dit que vous voulez le bien de cet État , de votre reine , que vous êtes incorruptible, vigilant, infatigable.... Je le veux croire. Ce n'est pas l'intérêt personnel qui vous gouverne , c'est uniquement l'avantage du souverain , du pays. Pour cela même, craignez, noble lord , que l'intérêt de l'État ne prenne à vos yeux l'apparence de la justice. Près de vous , je n'en doute pas, siègent encore de

nobles hommes parmi mes juges. Toutefois ils sont protestants, zélés avant tout pour le bien de l'Angleterre, et ils méjugent, moi, la reine d'Ecosse, la papiste! L'Anglais ne peut être juste envers l'Écossais, c'est un antique proverbe.... Aussi, par une coutume héréditaire qui remonte aux temps les plus anciens , un Anglais ne peut-il déposer en justice contre un Écossais , ni un Écossais contre un Anglais. C'est la nécessité qui a produit cette loi étrange. Un sens profond réside dans les vieux usages ; il les faut respecter, milord.... La nature a jeté ces deux nations ardentes sur cette planche dans l'Océan ; elle l'a partagée inégalement, et leur a commandé de se la disputer. Le lit étroit de la Tweede sépare seul ces esprits violents; souvent dans ses ondes s'est mêlé le sang des combattants. La main sur l'épée , ils se regardent et se menacent des deux rives, depuis mille ans. Aucun ennemi n'a attaqué l'Angleterre , sans que l'Écossais l'assistât comme auxiliaire. Jamais guerre civile n'enflamma les cités d'Ecosse , que l'Anglais n'y ait porté le brandon. Et cette haine ne s'éteindra que lorsque à la fin un parlement unique les réunira fraternellement, et qu'un seul sceptre gouvernera toute rtle.

BURLEIGH

Et une Sluart devrait assurer ce bonheur au royaume?

MARIE

Pourquoi le nierais-je? Oui, je l'avoue, j'ai nourri l'espoir de réunir, libres et heureux, deux nobles peuples, à l'ombre de l'olivier. Je ne croyais pas devenir la victime de leur haine nationale; leur longue rivalité, le malheureux foyer de leur vieille discorde, j'espérais l'étouffer à jamais, et, comme mon aïeul Richmond, après une sanglante querelle, unit les deux Roses , marier pacifiquement les couronnes d'Ecosse et d'Angleterre.

BURLEIGH

Vous avez poursuivi ce but par une mauvaise voie ; car vous vouliez embraser le royaume et monter au trône à travers les flammes de la guerre civile.

MARIE

Non, je ne voulais pas cela.... Par le grand Dieu du ciel! quand l'aurais-je voulu ? oÊi sont les preuves ?

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