ACTE I, SCÈNE VU
BURLEIGH
Je ne suis pas venu ici pour contester. La cause n*est plus soumise à aucun débat. Il est reconnu par quarante voix contre deux que vous avez violé l'acte de l'année dernière et encouru les peines portées par la loi. Il fut statué Tan dernier : « Que, s'il s'élevait un tumulte dans le royaume au nom et dans l'intérêt d'une personne quelconque qui prétendrait avoir des droits à la couronne , on procéderait judiciairement contre elle et poursuivrait la coupable jusqu'à la mort.... » Et comme il est prouvé....
UARIE.
Milord Burleigh!... je ne doute pas qu'une loi, faite exprès pour moi, conçue en vue de me perdre, puisse s'employer contre moi. . . . Malheur à la pauvre victime , quand la même bouche qui a rendu la loi prononce aussi la sentence ! Pouvezvous nier, milord, que cet acte ait été imaginé pour ma perte ?
BURLEIGH
Il devait vous servir d'avertissement ; c'est vous-même qui en avez fait un piège. Vous avez vu l'abîme qui s'ouvrait devant vous , et , loyalement avertie , vous vous y êtes précipitée. Vous étiez d'intelligence avec le traître Babington et les meurtriers ses complices; vous aviez connaissance de tout ce qui se tra-
mait, et, de votre prison, vous dirigiez avec un plan suivi la conjuration.
MARIE
Quand l'aurais-je fait? Qu'on me montre les pièces de conviction.
BURLEIGH
On vous les a déjà présentées récemment devant le tribunal.
BfARIE.
Des copies écrites par une main étrangère ! Qu'on me fournisse les preuves que je les ai dictées moi-même, que je les ai dictées telles, exactement telles qu'on les a lues.
BURLEIGH
Babington a reconnu avant sa mort que ce sont les mêmes qu'il a reçues.
MARIE
Et pourquoi ne l'a-t-on pas fait paraître vivant à mes yeux î
Pourquoi s'est-on tant hâté de le faire sortir de ce monde avant de le confronter avec moi?
BURLEIGH
Vos secrétaires Kurl et Nau affirment aussi avec serment que ce sont les lettres qu'ils ont écrites sous votre dictée.
BfARIE.
Et c'est sur le témoignage de mes domestiques qu'on me condamne? Sur la foi et la créance de ceux qui me trahissent, moi leur reine, qui violent la foi qu'ils me doivent, au moment même où ils témoignent contre moi ?
BURLEIGH
Vous reconnaissiez vous-même autrefois l'Écossais Kurl pour un homme honnête et consciencieux.
IfARIE.
Je l'ai connu tel.... mais l'heure du péril éprouve seule la vertu de l'homme. Les angoisses de la torture ont pu lui faire déclarer et avouer ce qu'il ne savait pas. Il a cru se sauver par un faux témoignage, sans me nuire beaucoup, à moi sa reine.
BURLEIGH
Il l'a attesté par un libre serment.
MARIE
Non pas en ma présence!... Comment, sir? voilà deux témoins qui tous deux vivent encore. Qu'on les fasse paraître devant moi, qu'à ma face ils répètent leur témoignage! Pourquoi m'envier une faveur, un droit qu'on ne refuse pas à un meurtrier? Je sais, de la bouche de Talbot, mon précédent gardien, que, sous le règne actuel , il a été rendu un décret qui ordonne de confronter l'accusateur avec l'accusé. Est-ce vrai? ou ai-je mal entendu?... Sir Paulet, je vous ai toujours considéré comme un honnête homme; montrez-vous tel en ce moment. Dites-moi, en conscience, n'en est-il pas ainsi? N'existe-t-il pas une telle loi en Angleterre?
PAULET
Il en est ainsi, milady. Cela est de droit chez nous. Je dois dire ce qui est vrai.
MARIE
Eh bien, milord! si l'on me traite si rigoureusement d'après le droit anglais quand ce droit m'opprime , pourquoi éluder ce