‹ Theatre de Schiller;Chapitre 177 sur 335 · UN SECOND HOMME DU CHOEUR (MANFRED · texte numérisé non relu

UN SECOND HOMME DU CHOEUR (MANFRED

Oiii ! nous habitons une heureuse contrée que le soleil , dans sa course céleste, éclaire de rayons toujours bienfaisants, et DQus pourrions en jouir gaiement; mais elle ne peut se clore ni se murer, et les flots de la mer qui de toutes parts l'entourent nous livrent au hardi corsaire qui croise audacieusement sur nos côtes. Nous ayons à garder des trésors d'abondance qui ne font qu'attirer Tépée de l'étranger. Nous sommes esclaves dans nos propres demeures , le pays ne peut protéger ses enfants. Ce n'est pas aux lieux où rit la blonde Cérès et Pan, le dieu paisible qui garde les guérets , c'est où croit le fer dans les flancs des montagnes, que naissent les dominateurs de la terre.

PREMIER CHŒUR (GAÉTAN)

Les biens de la vie sont inégalement partagés entre la race éphémère des humains; mais la nature est éternellement juste. A nous , elle a donné la sève et l'abondance , qui sans cesse se crée et se renouvelle ; à eux est échue la volonté puissante et l'indomptable vigueur. Armés de la force terrible, ils accomplissent ce qui plaît à leur cœur et remplissent la terre d'un bruit formidable; mais derrière les hauts sommets est le précipice , la chute profonde , retentissante.

Aussi je m'applaudis de séjourner en bas , caché dans ma faiblesse. Ces violents torrents d'orage que forment les grains iniinis de la grêle et les cataractes des nuées , viennent et bondissent avec un sourd fracas, emportent les ponts dans leur cours, emportent les digues, noyées dans leurs flots tonnants : rien ne peut arrêter leur violence. Mais ils sont la création du moment ; la trace redoutable de leur cours va se perdre et disparaître dans le sable : la destruction seule la révèle.... Les conquérants étrangers viennent et s'en vont; nous obéissons, mais nous demeurons.

La paru du fond s'ouvre. DONNA ISABELLA paraît entre ses deux fils, DON MANUEL et DON CÉSAR.

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