‹ Theatre de Schiller;Chapitre 176 sur 335 · ISABELLA, DIEGO · texte numérisé non relu

ISABELLA, DIEGO

ISABELLA

Diego!

DIEGO

Qu'ordonne ma souveraine?

ISABELLA

Serviteur éprouvé! cœur loyal! approche. Tu as partagé ma souffrance, ma douleur, partage donc aussi le bonheur de Theureuse mère. J*ai conGé à ton sein fidèle mon secret triste et doux, dépôt sacré. Le moment est venu où il doit paraître à la lumière du jour. Trop longtemps déjà j'ai étouffé la voix puissante de la nature , parce qu'une volonté étrangère régnait encore en souveraine sur moi. Maintenant cette voix peut s'élever librement; je veux qu'aujourd'hui même mon cœur soit satisfait, et que cette maison, qui fut longtemps déserte , rassemble tout ce qui m'est cher.

Dirige donc tes pas appesantis par l'âge vers ce cloître bien connu qui me garde un si cher trésor. C'est toi, âme fidèle, qui me le cachas dans ce lieu pour des jours meilleurs , et rendis à la triste mère ce triste service. Aujourd'hui, que ce soit encore toi qui joyeusement ramènes à la mère ravie ce précieux gage! . {On entend dans 'le lointain sonner les trompettes.) Oh! h&te-toi, hâte-toi, et que la joie rageunisse tes pas! J'entends le son des clairons guerriers qui m'annoncent l'arrivée de mes fils. {Diego sort, La musique se fait entendre aussi du côté opposé^ ^ die se rapproche de pltAS en plus.)

Tout Messine est en mouvement.... Écoute! un torrent de voix confuses roule vers nous k grand bruit.... Ce sont euil Mon cœur maternel bat avec force, il sent la puissance et Fattrait de leur approche. Ce sont eux! 0 mes enfants, mes enfants! {Elle s'élance dehors.)

ou LES FRÈRES ENNEMIS. 271

LE CHOEUR entre. Il se compose de deux Demi-Chœurs , qui entrent en mime temps, de deux côtés opposés, Vun par le fondy Foutre par V avant-scène; Us font le tour du théâtre ^ puis se rangent y chacun du côté où U est entré. L'un est formé de che- XHiliersplus âgés, t autre de plus jeunes; Us se distinguent par des couleurs et des insignes différents. Quand les deux Chœurs sont placés, Vun vis-à-vis de Vautre, la musique se taU, et les deux Coryphées parlent tour à tour *.

PREMIER CHOEUR (GAETAN)

Je te salue avec respect , salle splendide , royal berceau de mes maîtres, voûte majestueuse que soutiennent des colonnes!

Que le glaive repose dans le fourreau profond , que la furie de la guerre , avec sa chevelure de serpents , demeure enchaînée devant les portes, car le seuil inviolable de la maison hospi*talière est gardé par le Serment , le fils d'Érinnys , le plus redoutable des dieux de l'enfer.

SECOND CHŒUR (bOHÉMOND).

Mon cœur irrité se révolte dans ma poitrine , mon poing se serre pour le combat, car je vois la tète de Méduse, le visage odieux de mon ennemi. J'ai peine à commander à mon sang qui bouillonne. L'honorerai-je de ma parole î ou obéirai-je à l'ardeur de mon courroux? Mais l'Euménide m'épouvante, gardienne de ce séjour, et le règne de la paix de Dieu.

PREMIER CHŒUR (GAÉTAN)

Une plus sage retenue convient à l'âge; j'ai plus de raison, et je salue d'abord.

{Au second Chœur*) Sois le bienvenu, toi qui partages mes sentiments fraternels et qui , comme moi , crains et vénères les dieux protecteurs de ce palais ! Puisque nos princes s'entretiennent avec douceur, nous voulons maintenant, de sang-froid,

l. L'auteur, en envoyant son manuscrit au théâtre de Vienne, y a joint une proposition touchant la manière dont on pourrait distribuer les parties du chœur entre des personnages divers. Le premier chœur se composerait de Gaétan, Bérenger, Manfred, Tristan et huit chevaliers de Don Manuel; le second, de Bohémond, Roger, Hippolyte et neuf chevaliers de Don César. On a marqué dans cette édition ce que chacun de ces personnages aurait à dire ^ d'après le plan de l'auteur. {Note de Védition allemande dee OBuwee complètes,)

échanger, nous aussi, d* innocentes paroles de paix; car elle est bonne aussi , la parole qui guérit Tâme. Mais si je te rencontre dehors, sous la libre voûte des cieux, que la lutte sanglante, j'y consens , se renouvelle , et que le fer éprouve le courage!

TOUT LE CHŒUR

Mais si je te rencontre dehors, sous la libre voûte des deux, que la lutte sanglante , j'y consens , se renouvelle, et que le fer éprouve le courage !

PREMIER CHOEUR (bÉRENGER).

Ce n'est pas toi que je liais! Ce n est pas toi qui es mon ennemi! car une même ville nous a enfantés, et ils sont, eux, une race étrangère. Mais quand les princes se combattent, il faut que les serviteurs se tuent et s'immolent. Tel est l'ordre , tel est le droit.

SECOND CHOEUR (BOHÉMOND)

A eux de savoir pourquoi ils luttent et se haïssent d'une haine sanglante; il ne m'importe, à moi! Mais nous combattons leurs combats. Celui-là n'est ni vaillant, ni homme d'honneur, qui laisse mépriser son chef!

TOUT LE CHŒUR

Mais nous combattons leurs combats. Celui-là n'est ni vaillant , ni homme d'honneur, qui laisse mépriser son chef.

UN HOMME DU CHŒUR (bÉRENGER).

Écoutez ce que j'ai pesé en moi-même, comme je suivais, inoccupé et tout entier à mes pensées , les sentiers que bordent les hautes moissons ondoyantes.

Dans la fureur du combat, nous n'avons ni réfléchi , ni délibéré : notre sang bouillant nous aveuglait.

Ne sont-elles pas à nous, ces moissons? Ces ormeaux, où la vigne s'entrelace , ne sont41s pas les enfants de notre soleil ? Ne pourrions-nous, dans une douce jouissance, Gler des jours innocents et joyeux, gagner gaiement une vie facile? Pourquoi, d'une ardeur emportée , tirons-nous le glaive pour une race étrangère? Elle n'a aucun droit sur ce sol. Elle est venue, sur un navire apporté par les flots , des bords empourprés du couchant; nous l'avons reçue en hôtes (je veux dire nos pères.... ce temps est loin de nous), et maintenant nous nous voyons soumis comme des esclaves à cette race étrangère.

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