LE CHŒUR (BÉRENGER
Je veux te porter à ta mère , fardeau peu propre à la rendre heureuse ! Fendons ce cyprès , avec le tranchant meurtrier de la hache, pour former un brancard de ses rameaux. Il faut que jamais il ne produise rien de vivant, l'arbre qui a porté ces fruits de mort; que jamais il n'élève dans les airs un riant sommet ; qu'il ne prête son ombre à nul voyageur ! Après s'être
ou LES FRÈRES ENNEMIS. 321
nourri dans le sol du meurtre, qu'il soit maudit, et consacré au service des morts !
LE PREMIER (GAETAN)
Mais malheur» malheur au meurtrier qui s'avance, ivre d'une folle ardeur ! Ton sang coule , coule, coule, et descend dans les fentes de la terre. Mais là-dessous , dans les profondeurs ténébreuses , sont assises , sans parole ni chant , les flUes de Thémis qui n'oublient jamais ^ jamais ne se trompent, et qui mesurent avec justice. Elles recueillent ce sang dans leurs noires urnes et agitent et mêlent la terrible vengeance.
LE SECOND (BÊKENGER).
Sur cette terre éclairée du soleil , la trace des actions s'évanouit aisément, comme s*efface sur le visage une fugitive expression.... mais rien n'est perdu ni évanoui de ce que les Heures, reines mystérieuses, recueillent dans leur sein qui crée en silence.... Le temps est un diamp fécond, la nature est un grand tout vivant, et tout est fruit et tout est semence.