ACTE II, SCÈNE I
ATTINGHAUSEN.
Enfant aveuglé, séduit par un vain éclat, méprise ton pays natal ; rougis des mœurs antiques et pieuses de tes pères. Un jour, avec des larmes brûlantes , tu soupireras après le foyer et les montagnes paternels, et cette mélodie, chère à nos bergers, que tu dédaignes dans ta superbe satiété, elle te saisira, te pénétrera de regrets douloureux , si elle yient à frapper tes oreilles sur la terre étrangère. Oh! puissant est l'attrait delà patrie. Ce monde étranger et faux n'est pas fait pour toi. Loin de nous, à la cour orgueilleuse de l'empereur, tu demeurerais éternellement, avec ton cœur loyal , étranger à toi-même. Le monde veut d'autres vertus que celles que tu as acquises dans ces vallées.... Va, vends ton âme libre, reçois des terres en fief, deviens un valet de prince, tandis qu'ici tu peux être ton propre maître, prince toi-même sur ton vrai patrimoine, sur un sol libre. Ah! Ulrich! Ulrich! demeure auprès des tiens! Neva pas à Altorf.... Oh! ne l'abandonne pas, la cause sacrée de ta patrie.... Je suis le dernier de ma race; mon nom finit avec moi. Tu vois là suspendus mon bouclier et mon casque : on les enfermera avec moi dans la tombe. Faut-il que je pense, à mon dernier soupir, que tu n'attends que de voir mes yeux s'éteindre pour t'en aller rendre hommage à ces nouveaux suzerains, et tenir en fief de l'Autriche mes nobles biens, mes biens libres, que je ne tenais que de Dieu ?
RUPENZ.
C'est en vain que nous résistons au roi. Le monde lui appartient. Voulons-nous seuls nous roidir obstinément, nous opiniâtrer à rompre cette chatne de possessions que sa main puissante a formée tout autour de nous? A lui sont les marchés, les tribunaux; à lui les routes du commerce, et la bête de somme qui monte sur le Saint-Gothard est elle-même forcée de lui payer un droit. Ses domaines nous enferment de toutes parts et nous enveloppent comme un filet.... L'empire nous protégera-t-il ? Peut-il seulement se protéger lui-même contre la puissance croissante de l'Autriche? Si Dieu ne nous yient en aide, aucun empereur ne pourra nous aider. Quel fond peut-on faire sur la parole des empereurs, quand on les voit, dans le besoin d'argent, dans les nécessités de la guerre, engager et distraire de
Tempire les villes qui ont cherché un refuge sous les ailes de Taigle.... Non, mon oncle. C*est une salutaire et sage prévoyance, dans ces temps de cruelle discorde, de s*attacher à un chef puissant. La couronne impériale passe d'une famille à une autre, elle n*a pas de mémoire pour les fidèles services. Mais bien mériter d*un puissant mattre héréditaire , cela s'appelle semer pour Favenir.
ATTINGHAUSEN.
Es-tu donc si sage ? Te crois-tu plus clairvoyant que tes nobles aïeux qui, pour défendre le précieux joyau de la liberté, risquèrent en héros leurs biens et leur vie?... Descends par le lac à Lucerne, et là demande de quel poids pèse sur les pays soumis la domination de TAutriche. Us viendront compter nos brebis et nos bœufs, arpenter nos Alpes, interdire le haut vol, la haute chasse dans nos libres forêts, mettre leurs barrières à nos ponts, aux portes de nos villes, payer avec notre pauvreté leurs achats de domaines, avec notre sang leurs guerres. Non , s'il faut que notre sang coule, que du moins ce soit pour nous.... Nous acliè* terons à meilleur marché la liberté que l'esclavage.
RUDENZ.
Que pouvons -nous, peuple de bergers, contre les armées d'Albert?
ATTINGHAUSEN.
Apprends, enfant, à connaître ce peuple de bergers. Je le connais, moi : je l'ai conduit dans les batailles et je l'ai vu combattre à Favenz. Qu'ils viennent pour nous imposer ce joug que nous sommes résolus à ne pas supporter !.. . Oh! apprends à sentir à quelle race tu appartiens. Ne sacrifie pas un vrai trésor, ce que tu es, ce que tu vaux, pour un vain éclat et de fausses apparences.... Être appelé le chef d'un peuple Hbre, qui se dévoue à toi de cœur et seulement par amour, qui te demeure fidèle dans le combat et dans la mort.... que ce soit là ton orgueil, la noblesse dont tu te vantes.... Serre étroitement les liens qu'a formés ta naissance; attache- toi à la patrie, à ta chère patrie; tiens à elle de toute ta puissance et de tout ton cœur. C'est id que sont les solides l'acines de ta force. Là-bas, dans un monde étranger, tu seras seul, et pareil au frôle roseau que la première tempête brise. Oh ! viens, il y a longtemps que tu ne nous Tois