SCÈNE IL
LES PRÉCÉDENTS; ELISABETH, conduiu par LEICESTER,
» COMTE DE L'AUBESPINE, BELLIÈVRE, LE COMTE EWSBURY, LORD BURLEIGH, avec d' autres Seigneurs français et anglais ^ s*avancent sur la scène.
ÉusABETH, à VAubespine.
Comte, je plains ces nobles seigneurs que leur zèle galant a menés ici à travers les flots de la mer; car ils doivent regretter chez moi la magniOcence de la cour de Saint-Germain. Je ae puis inventer des fêtes aussi éclatantes, aussi merveilleuses, que la reine mère de France. Un peuple honnête et joyeux, qui, toutes les fois que je parais en public, se presse, en me bénissant, autour de ma litière : voilà le spectacle que je puis, avec quelque orgueil , montrer aux yeux de l'étranger. L'éclat des nobles demoiselles qui brillent dans le jardin de Beauté de Ga-* therine, m'éclipserait , moi et mon mérite sans splendeur.
l'aubespine.
La cour de Wesminster n'offre qu'une seule dame à Tetra ger surpris.... mais dans cette dame unique se montre rassen\i| blé tout ce qui ravit dans le sexe enchanteur.
BELLIÈYRE.
Auguste souveraine d'Angleterre, que Votre Majesté nous permette de prendre congé d'elle et de porter à Monsieur, notre royal seigneur, la joyeuse nouvelle qui doit combler ses vœux. L'ardente impatience de son cœur ne lui a pas permis de re à Paris; il attend à Amiens les messagers de sonbonheu ses relais s'étendent jusqu'à Calais, pour que le consentem^t que prononcera votre bouche royale parvienne, avec la rapidité^ du vol, à son oreille enivrée.
ELISABETH
Comte Bellièvre, ne me pressez pas davantage. Ce n*est pas le temps , je vous le répète, d'allumer le joyeux flambeau d'hyménée. Un ciel sombre s'étend sur cette contrée , et le crêpe du deuil me conviendrait mieux que la splendeur des habits de noce, car un coup déplorable menace d'atteindre prochainement mon cœur et ma maison.
BELLièVRK.
Donnez-nous seulement votre promesse, reine! Que des jours plus heureux en amènent l'accomplissement.
ELISABETH
Les rois ne sont que les esclaves de leur condition , ils ne peuvent obéir à leur propre cœur. Mon désir fut toujours de mourir sans époux, et j'aurais mis ma gloire à ce qu'on lût un jour sur la pierre de ma tombe . « Ici repose la reine vierge. » Mais mes sujets ne le veulent pas; ils pensent avec une active prévoyance au temps où je ne serai plus.... Il ne sufQt pas que la prospérité règne présentement dans ce pays; il faut encore que je me sacrifie à leur bonheur futur ; ils veulent que je renonce encore , pour mon peuple , à ma liberté virginale , mon bien suprême , et l'on m'impose un maître. Ils me montrent par là que je ne suis à leurs yeux qu'une femme , et je croyais pourtant avoir régné comme un homme et un roi. Je sais bien que ce n'est pas servir Dieu que de s'écarter de l'ordre de la nature, et ceux qui ont gouverné ici avant moi méritent des