‹ Theatre de Schiller;Chapitre 254 sur 335 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

le seul qui osât encore élever la voix pour soutenir les droits du peuple.

KUNZ.

La tempête augmente. Adieu ! Je vais chercher un gtte dans le village y car on ne peut plus penser à partir par le lac aiyourd'hui. (Tli'en va,)

LE PÊCHEUR

Tell prisonnier et le baron mort! I^ve ton front impudent, tyrannie, dépouille toute honte! La bouche de la vérité est muette , Toeil qui voyait encore est aveuglé , le bras qui devait nous sauver est enchaîné.

LE TOJS DU PÊCHEUR

Il grêle fort : venez dans la cabane, mon père; il ne fait pas bon rester ici en plein air.

LE PÊCHEUR

Vents, déchaînez-vous! Éclairs, lancez tous vos feux! Crevez, nuages ! et vous , torrents du ciel , tombez sur nous et noyez le pays ! Détruisez dans leur germe les générations qui ne sont pas nées! Régnez en maîtres, éléments furieux! Que les ours reviennent, les loups de l'antique solitude! La contrée leur appartient. Qui voudra vivre ici sans la liberté?

LE FILS DU PÊCHEUR

Entendez comme l'abime gronde, comme le vent hurle! Jamais ce gouffre n*a été en proie à une telle rage!

LE PÊCHEUR

Tirer sur la tête de son propre enfant! Jamais on n*a exigé d*un père rien de pareil. Et l'on s'étonne, après cela, que la nature se soulève et déchatne sa fureur? Oh! je ne serai pas surpris, moi, si ces rochers se précipitent dans le lac, si ces aiguilles , ces tours de glace , qui jamais n'ont fondu depuis le jour de la création , descendent en eau de leurs hauts sommets, si les montagnes se brisent , si les antiques ravins croulent et se comblent et si un second déluge engloutit les demeures des vivants. {On entend une cloche.)

LE FILS DU PÊCHEUR

Entendez-vous? Ils sonnent là-haut sur la montagne. Sans doute on a vu une barque en danger, et l'on sonne la cloche pour inviter à la prière. {Il monte sur une hauteur.)

LE PÊCHEUR

Malheur au bateau qui est en route en ce moment et bercé dans ce terrible berceau! Ici pilote et gouvernail sont inutiles: l'orage est le maître, et la vie de Thomme est le jouet du vent et des flots.... Il n'y a, ni près, ni loin, aucune crique qui puisse lui offrir un sûr abri. Le roc inhospitalier, montant à pic, et sans prise, lui oppose une barrière infranchissable, et ne lui montre de toutes parts que ses durs flancs de pierre. LE FILS DU PÊCHEUR , étendant la main vers la gauche.

Père , une barque ! Elle vient de Fliielen,

Que Dieu soit en aide aux pauvres gens! Quand une fois l'ouragan s'est engouflré dans cette gorge où est le lac, il se démène en tous sens avec la rage de la béte féroce qui va heurter les barreaux de sa cage. C'est en vain qu'il se cherche, en hurlant , une issue , car tout autour il est arrêté par les murs de rochers, hauts comme le ciel, qui ferment cet étroit passage. {Il monte sur la hauteur.)

LE FILS DU PÊCHEUR

Père , c'est la barque seigneuriale d'Uri : je la reconnais à son toit rouge et au drapeau.

LE PÊCHEUR

Justice de Dieu ! Oui , c'est lui-même , c'est le bailli qui navigue là.... Le voilà sur le lac, traînant avec lui son crime sur son bateau. Le bras du vengeur suprême l'a atteint sans délai; il voit maintenant qu'il y a au-dessus de lui un maître plus fort. Ces vagues ne cèdent point à sa voix; ces rochers ne courbent pas leurs cimes devant son chapeau.... Enfant, ne prie pas! n'arrête pas le bras du juge.

LE FILS DU PÊCHEUR

Je ne prie pas pour le bailli.... Je prie pour Tell qui est avec lui sur la barque.

LE PÊCHEUR

0 déraison de l'élément aveugle ! Faut-il que , pour atteindre un coupable, tu engloutisses la barque avec le pilote?

LE FILS DU PÊCHEUR

Vois, vois, ils avaient heureusement passé le Buggisgrat, mais la violence du vent que le Teufelsmiinster renvoie sur

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