‹ Theatre de Schiller;Chapitre 266 sur 335 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

ARMGART vient avec plusieurs oifants^ et se place à V entrée du chemin creux,

STÙSSI.

Cela présage , dit-on , quelque grande calamité publique , des attentats contre nature.

TELL

Chaque jour apporte de tels attentats : il n*est pas besoin de prodiges pour les annoncer.

STÛSSI.

Oui , bienheureux celui qui cultive en paix son champ et qui demeure , à l'abri de toute attaque, auprès des siens !

TELL

L'homme le plus inoffensif ne peut rester en paix, si cela ne plaît pas à son méchant voisin. ( Tell regarde souvent, dans une attente inquiète , vers le haut du chemin. )

STÛSSI.

Adieu !... Vous attendez ici quelqu'un?

Vous ne vous trompez pas.

STÛSSI.

Je vous souhaite un heureux retour dans votre famille.... Vous êtes d'Uri? Notre gracieux seigneur le bailli en revient, et on l'attend aujourd'hui même.

UN VOYAGEUR arrive.

N'attendez plus le bailli aujourd'hui. Les eaux ont débordé par suite de la grande pluie, et le torrent a rompu tous les ponts. ( Tell se lève. )

ARMGART vicnt sur le devant de la scène» I^e bailli ne vient pas ?

STÛSSI.

Avez-vous affaire à lui?

ARMGART.

Hélas! oui.

STÛSSI.

Pourquoi donc vous mettez-vous sur sa route dans ce chemin creux ?

kkQ GUILLAUME TELL.

ARMGART.

Ici il ne pourra m'esquiver, il faudra qu'il m'entende. FRiESSHARDT descend à la hdte par le chemin creux et crie

sur la scène.

Qu'on laisse le passage libre.... Mon gracieux seigneur, le bailli , me suit de près à cheval. { Tell s'^en va, )

ARMGART, vivemcnt. Le bailli vient! {Elle va avec ses enfants sur le d/^vant de la scène. Gcsslerct Bodolphe le Harras paraissent à cheval au haut du chemin. )

STÛssi, à Frksshardf.

Comment avez-vous traversé les cours d'eau , puisque le torrent a emporté les ponts ?

FRIESSHARDT.

Nous avons, ami, lutté contre le lac, et ne redoutons aucune eau des Alpes.

STÛSSL

Vous étiez sur le lac pendant le terrible orage?

FRIESSHARDT.

Eh! sans doute. Je ne Toublierai de ma vie....

STÛSSI.

Oh ! demeurez , racontez-moi la chose.

FRIESSHARDT.

Laisse-moi, il faut que je précède le bailli et que j'annonce son arrivée au château. ( Jl s* éloigne. )

STÙSSI.

S'il y avait eu de braves gens dans la barque, elle aurait sombré corps et biens, mais ni l'eau ni le feu ne peuvent atteindre cette race-là. (7/ regarde autour de lui. ) Qu'est devenu le chasseur avec qui je parlais î ( H s'en va. )

GESSLER et RODOLPHE LE HARRAS paraissent

sur la scène à cheval.

GESSLER

Dites ce que vous voudrez , je suis le serviteur de l'empereur, et dois songer aux moyens de lui plaire. Il ne m'a pas envoyé dans ce pays pour flatter le peuple et le traiter avec douceur. Il

Page 1