‹ Theatre de Schiller;Chapitre 280 sur 335 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

LE PARRICIDE

Tell, écoutez-moi, avant de....

TELL

Tout dégouttant du sang du parricide et du régicide , tu oses entrer dans ma maison pure? Tu oses montrer ta face à un homme de bien et demander Tbospitalité?

LE PARRICmE.

Auprès de vous j'espérais trouver miséricorde. Vous aussi, vous vous êtes vengé de votre ennemi.

TELL

Malheureux! Oses-tu confondre le crime sanglant de l'ambition avec la légitime défense d'un père? As-tu sauvé la tète sa* crée de tes enfants? protégé le sanctuaire du foyer domestique? éloigné des tiens les derniers, les plus affreux malheurs?... Je lèveaucielmesmainspures, etje te maudis, toi et ton action.... J'ai vengé la sainte nature, que toi, tu as outragée.... Je n'ai rien de commun avec toi.... Toi , tu as commis un meurtre , et moi , j'ai défendu ce que j'avais de plus cher.

LE PARRICIDE

Vous me repoussez loin de vous, sans consolation, en proie au désespoir ?

TELL

Je suis saisi d'horreur quand je te parle. Loin d'ici! Passe ton chemin, ton horrible chemin! Ne souille pas la cabane où habite l'innocence.

LE PAîmiciDE se détourne pour s'éloigner.

Oh! de la sorte je ne puis, je ne veux plus vivre.

TELL

Et pourtant j'ai pitié de toi.... Dieu du ciel! Si jeune, d'une si noble race, le petit-fils de Rodolphe, de mon seigneur et mon empereur, proscrit comme meurtrier, ici sur mon seuil , à moi pauvre homme, suppliant et désespéré.... (// se caclie le visage.)

LE PARRICIDE

. Oh! si vous pouvez pleurer, soyez touché de mon sort : il est terrible.... Je suis prince.... je l'étais.... je pouvais être heureux , si j'avais dompté l'impatience de mes désirs. L'envie me rongeait le cœur.... Je voyais la jeunesse de mon cousin Léo-

m:uiller. — TU. m 30

pold couronnée d*honneur, enrichie d'apanages , et moi, qui étais du même âge que lui, on me retenait dans une servile tutelle....

TELL

Malheureux , ton oncle te connaissait bien , quand il te refusait terres et vassaux. Toi-même, par cet acte de fureur emportée et sauvage, tu justifies d'une manière terrible sa prudente sentence.... Où sont les sanglants auxiliaires de ton meurtre ?

LE PARRICIDE

Où les démons vengeurs les ont conduits : je ne les ai pas revus depuis cet attentat de malheur.

Sais 4u que ta tête est proscrite , que tes amis ne peuvent rien pour toi, tes ennemis tout contre toi?

LE PARRICIDE

Voilà pourquoi j'évite toutes les routes publiques. Je n'ose frapper à aucune cabane.... Je dirige mes pas vers le désert. Redoutable à moi-même, j'erre dans les montagnes, et recule avec horreur à mon propre aspect, lorsqu'un ruisseau me montre ma malheureuse image. Oh! si vous êtes accessible à la pitié, à l'humanité.... (// se prosterne devant lui.)

TELL , se détournant.

Levez-vous ! levez-vous !

LE PARRICIDE

Non , pas avant que vous m'ayez tendu une main secourable.

TELL

Puis-je vous secourir? Un homme pécheur le peut-il? Mais levez-vous.... Quelque horrible que soit votre action.... vous êtes homme.... je le suis aussi.... Tell ne doit renvoyer personne sans consolation.... Ce que je puis, je le ferai.

LE PARRICIDE, se kvant vivemmt et saisissant sa main avec

violence.

0 Tell ! vous sauvez mon âme du désespoir.

TELL

Lâchez ma main.... Il faut que vous partiez. Vous ne pouve? demeurer ici sans être découvert, et découvert, vous ne pouvez

Page 1