ACTE I
DÉBiéTRius entre ^ fait qmlques pas vers h trône, et s'incline trois fois, la tête couverte : d'abord devant le Roi, puis devant les Sé^ nateurs, et enfin devant les Nonces; la portion de la diète à laquelle chaque salutation s'adresse y répond par une inclina^ tion de tête. Ensuite U se place de manière à embrasser du regard, mais en se gardant de tourner le dos au trône, une grande par-^ tie de l'assemblée et du public, qui est censé assister à la diète.
l'archevêque de gnesne.
Prince Dmitri, fils d'Iwan, si Téclat de la royale diète finti-
mide , si la majesté de ce spectacle enchaîne ta langue, tu peux,
le sénat te l'accorde, te choisir à ton gré un avoué et te 'servir
d'une bouche étrangère.
Seigneur archevêque , je suis ici pour réclamer un royaume et un sceptre royal. Il me siérait mal de trembler devant un noble peuple et devant son roi et son sénat. Jamais je n'ai vu une si auguste assemblée; mais cet aspect m'élève le cœur et ne m'effraye point. Plus les témoins sont dignes , plus ils m'a-^ gréent : je ne puis parler devant une réunion plus brillante,
l'archevêque de gnesnb.
.... La Sérénissime Républicpie est disposée, il est vrai....
Roi très-puissant, vénérables et puissants évèques et palatins, gracieux seigneurs, nonces de la Sérénissime République! c'est avec surprise, avec un profond étonnemeut, que je me vois, moi , le fils du czar Iwan , à cette diète, devant le peuple de Pologne. Une haine sanglante a divisé les deux royaumes, et il n'y a point eu de paix tant que mon père a vécu. Cependant le ciel a maintenant tourné les choses de telle sorte que moi, son sang, moi qui ai sucé , avpc le lait de ma nourrice, cette vieille haine héréditaire , je suis contraint .de paraître devant vous en suppliant, et de venir au milieu de la Pologne chercher mon droit. Avant donc que je parle, oubliez généreusement ce qui s'est passé ; oubliez que le czar , dont je me reconnais le fils, a porté la guerre dans votre pays. Je me présente devant vous comme prince dépouillé; je cherche protection. L'opprimé a des droits sacrés sur tout noble cœur; mais qui sera juste sur la terre, si ce n'est un grand peuple , un peuple vaillant qui , libre et dans
toute la plénitude de son pouvoir, n*a de compte à rendre qu'à
lui-même, et qui, sans nulle restriction
peut obéir à la noble impulsion de Thumanité ?
L* ARCHEVÊQUE DE GNESNE.
Vous VOUS donnez pour le fils du czar Iwan. Ni votre attitude vraiment , ni votre langage ne contredisent cette fière prétention. Cependant prouvez-nous que vous Têtes; puis espérez tout de la générosité de la République.... Jamais, sur le champ de bataille, elle n*a craint le Russe ; elle aime également à se montrer soit un noble ennemi , soit un ami secourable.
Iwan Wasilowitsch , le grand czar de Moscou, a épousé cinq femmes, dans le long cours de son règne. La première, delà race héroïque des Romanow, lui donna Féodor, qui régna après lui. Marfa, de la famille des Nagori, lui enfanta un lils unique, Dmitri, le tardif rejeton de sa vigueur : il était encore un tendre enfant quand son père mourut. Le czar Féodor, jeune homme . d'un corps débile et d*un faible esprit, laissa régner son grand écuyer, Boris Godunow, qui le gouverna avec l'art astucieux d*un courtisan. Féodor était sans enfants, et le sein stérile delà czarine ne promettait nul héritier. Quand donc le rusé boyard eut capté la faveur du peuple par ses adulations, il éleva ses vœux jusqu'au trône. Entre lui et son orgueilleuse espérance, il n'y avait plus qu'un obstacle, le jeune Dmitri Iwanowitsch, qui croissait sous les yeux de sa mère, à Uglitsch, sa résidence de veuve.
Quand son noir projet fut mûr pour l'exécution, il envoya à
Uglitsch des meurtriers pour tuer le czarowitsch
Un incendie éclata, au plus profond de la nuit, dans l'aile du château où le jeune prince habitait à part avec son gouver-
neur. La maison devint la proie d'un violent embrasement; le prince disparut aux yeux des hommes et ne reparut plus : tout le monde le pleura comme mort. Je vous rapporte des faits connus, que tout Moscou sait.
l'archevêque de gnesne.
Ce que vous racontez n'est ignoré d'aucun de nous. Le bruit a retenti dans toutes les contrées que le prince Dmitri, dans l'incendie d'Uglitsch, avait trouvé le trépas. Et, comme sa mort a