‹ Theatre de Schiller;Chapitre 292 sur 335 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

tourné à Tavantage du czar qui règne aujourd'hui, on ne s*est fait aucun scrupule de l'accuser de ce meurtre cruel. Mais ce n'est pas de sa mort qu'il s'agit maintenant; car il vit, n'est-ce pas, ce prince? Vous soutenez qu'il vit en vous. Donnez-nous-en des preuves. Par quoi oertifiez-vous que vous l'êtes? A quels signes doit-on vous reconnaître? Comment étes-vous demeuré caché à votre persécuteur? Et comment, après un silence de seize ans, quand vous n'êtes plus attendu, paraissez-vous maintenant à la lumière du jour?

DÉBIléTRIUS.

Il n'y a pas encore un an que je me suis moi-même découverty car jusque-ld je vivais caché même k moi, ne soupçonnant pas ma royale naissance. Je me trouvais moine parmi des moines, quand la conscience de ce que j'étais commença à s'éveiller en moi , et la sévère contrainte du cloître m'entourait. Mon âme généreuse résistait à l'étroite règle sacerdotale, et mon sang de chevalier se révoltait, avec une secrète puissance, dans mi^ veines. Je dépouillai résolument l'habit de moine, et je m'enfuis en Pologne, où le noble prince de Sendomir, ce bienveillant ami des hommes, me donna l'hospitalité dans son palais, et m'éleva pour le noble service des armes.

l'archevêque de gnesne.

....Comment? vous ne vous connaissiez pas encore, et pourtant le bruit que le prince Démétrius vivait remplissait dès lors le monde? Le czar Boris tremblait sur son trône et il plaçait ses Sastafs aux frontières pour examiner avec une sévère attention tout voyageur. Comment? ce bruit ne venait pas de vous? Il se pourrait, vous ne vous étiez pas donné pour Démétrius ?

Je raconte ce que je sais. Si la rumeur de mon existence a couru le monde, c'est un dieu qui a pris soin de la répandre. Je ne me connaissais pas. Dans la maison du palatin, et perdu dans la troupe de ses serviteurs, je passai joyeusement le temps

obscur de ma jeunesse

Par un silencieux hommage , j'adorais sa fille ornée d'attraits; mais alors j'étais bien loin de l'audace d'élever mes vœux jusqu'à un tel bonheur. Le Castellan de Lemberg, son prétendant,

s^oflensa de ma passion. Il me demanda orgueilleusement raison, et, dans sa fureur aveugle, il s'oublia jusqu'à me frapper. Si cruellement provoqué, je saisis mon arme ; lui, furieux, hors de lui, se précipita sur mon épée, et périt, sans que je le voulusse, de ma main.

MNISCHEK.

Oui , ainsi s'est passé. .

Mon malheur fut au comble. Moi , sans nom , un Russe , un étranger, j'avais tué un grand du royaume, j'avais commis un meurtre dans la maison hospitalîère de mon protecteur, je lui avais tué son gendre, son ami. Mon innocence ne me servit de rien ; ni la compassion de toute la cour du prince , ni la faveur du noble palatin ne peuvent me sauver; car la loi, indulgente aux seuls Polonais, mais sévère pour tous les étrangers, me condamne. Mon jugement fut prononcé, je devais mourir. Déjà j'étais à genoux devant le bloc fatal , déjà j'offrais au glaive mon cou nu.... A ce moment, parut aux yeux une croix H'or avec des pierres précieuses, qu'on m'avait, au baptême, suspendue au cou. J'avais, comme c'est chez nous la coutume, toujours porté caché , à mon cou , le saint gage de la rédemption chrétienne, depuis ma première enfance, et en ce moment même où je devais dire adieu à la douce vie, je le saisis comme ma dernière consolation, et le pressai sur mes lèvres, avec une pieuse ferveur. {Les Polonais, par un jeu muet, manifestent kur intérêt.) On remarque ce joyau : son éclat et son prix excitent la surprise, éveillent la curiosité. On détache nfes liens, on m'interroge ; mais je ne puis me rappeler un temps où ie n'aie pas porté ce joyau. Or il advint que trois fils de boyards, qui avaient fui la persécution de leur czar, étaient descendus chez mon maître à Sambor. Ils virent ce bijou et, aux neuf émeraudes, entremêlées d'améthystes, ils le reconnurent pour celui que Knses Mestislowskoy avait, au baptême, suspendu au cou du plus jeune fils du czar. Ils me regardèrent de plus près et remarquèrent avec étonnement que, par un jeu étrange de la nature, j'avais, de naissance, le bras droit plus court que l'autre. Gomme ils me pressaient de questions, je me rappelai un petit psautier que j'avais emporté dans ma fuite. Dans ce psautier

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