LE GRAND MARÉCHAL DE LA COURONNE
Vous le voyez , c'est en vain.
SAPIEHA
Quoi? Le maréchal aussi est gagné? N'y a-t-il plus de liberté dans la diète ? Jetez votre bâton et commandez le silence ! Je le demande, je l'exige et le veux. (Le Grand Maréchal de la couronne jette son bdion au milieu de la salle; le tumulte s'apaise.) A quoi pensez-vous ? Qu'allez-vous résoudre ? Ne sommes-nous pas en profonde paix avec le czar de Moscou ? Moi-même , comme votre royal messager, j'ai conclu l'alliance de vingt ans; j'ai levé, dans le Kremlin, ma main droite pour jurer un serment solennel , et le czar nous a tenu fidèlement sa parole. Qu'est-ce que la foi jurée , que sont les traités , si une diète solennelle ose ainsUes rompre?
Prince Léon Sapieha, vous avez conclu la paix, dites-vous, avec le czar de Moscou ? Non, vousi ne l'avez point fait ; car c'est moi qui suis ce czar. C'est en moi que réside la majesté moscovite ; je suis le fils d'Iwan et son légitime héritier. Si la Pologne veut conclure la paix avec la Russie, c'est avec moi qu'elle doit traiter! Votre traité est nul, il a été conclu avec qui n'a nul droit.
ODOWALSKY.
Que nous importe votre traité? Telle était alors notre volonté, elle est autre aujourd'hui.
SAPIEHA
En sommes-nous venus là? Si personne ne veut se lever pour la justice , eh bien ! je le ferai , moi ! Je veux déchirer la trame ' de Tastuce, je veux découvrir tout ce que je sais.... Vénérable primat! comment? Es-tu sérieusement aussi débonnaire, ou peux-tu dissimuler à ce point? Étes-vous si crédules, sénateurs? Roi, es-tu si faible? Vous ne savez pas, vous ne voulez pas savoir que vous êtes le jouet du rusé woiwode, de Sendomir , qui a suscité ce czar , et dont l'immense ambition engloutit déjà Moscou et ses richesses? Faut-il que je vous dise- que l'alliance est déjà conclue et jurée entre eux ? qu'il lui a fiancé sa plus jeune fille ? Et la noble RépuWique doit-elle se précipiter aveuglément dans les périls d'une guerre pour assurer la grandeur du woiwode et faire de sa fille une czarine et une reine ? Il a tout séduit et acheté. La diète, je le sais bien , il veut la dominer ; je vois sa faction puissante dans cette salle , et, non content de diriger le Seym Walny par la majorité , il est venu à la diète avec trois mille chevaux, et a inondé tout Cracovie de ses vassaux. En ce moment même, ils remplissent les galeries de ce palais. On veut contraindre la liberté de nos suffrages. Nulle crainte cependant n'émeut mon courage. Tant qu'il coulera du sang dans mes veines, je maintiendrai la liberté de ma parole. Les hommes de bonne intention se rangeront de mon côté. Tant que je vivrai , je ne laisserai passer nulle résolution contraire au droit et à la raison. J'ai conclu la paix avec Moscou , et je réponds de son maintien.
ODOWALSKY.
Qu'on ne l'écoute pas ! Recueillez les voix ! {Les Èvêques de Cra^ covie et de Wilna se lèvent, et vont^ chacun de leur câté^ recueillir les voix.)