ACTE IL
à celui qu'elle aime ; elle envie seulement la femme heureuse qui doit un jour le posséder. Il faut qu'il épouse une riche ou puissante fille de roi; elle est, elle, une pauvre orpheline, qui ne vit que des bontés de sa parente.
Warbeck , dont le caractère aspire à l'indépendance , est au pouvoir d'une femme fausse, impérieuse, puissante, irréconciliable, qui est comme soi) mauvais génie. Il s'est vendu à elle; sa position vis-à-vis d'elle est humiliante et accablante pour lui, et en vain il met tout en œuvre pour l'ennoblir. Elle ne voit jamais en lui que son instrument, le faux York, l'imposteur, et, dans ses exigences envers lui, elle n'a nulle délicatesse, nul égard pour ses sentiments personnels d'honneur. En vain veut-il se relever; elle lui rappelle toujours sa position honteuse qu'il oublierait si volontiers, qu'il faut même qu'il ait oublié pour bien jouer son rôle. En public, elle l'honore, le caresse; en secret, elle le tyrannise. Elle lui ordonne et lui défend ce qu'en public il doit vouloir et ne pas vouloir; publiquement elle feint que ses désirs sont des ordres pour elle, et l'engage à faire ce qu'elle lui a sévèrement défendu. Malheur à lui, si, de son chef, il se permettait quoi que ce fût! Cependant il le fait quelquefois : par là il encourt sa disgrâce et se l'aliène.
Adélaïde connaît la position gênée de Warbeck et cherche à l'améliorer. Bien qu'il n'accepte pas le don de sa générosité , celte preuve de son amour le rend heureux.
Éric tente d'exécuter un complot malveillant tramé contre Warbeck, pour le couvrir de honte. Il emploie un misérable dont les déclarations sont extrêmement humiliantes pour Warbeck, Warbeck se conduit avec fermeté et noblesse. La tromperie est découverte , Éric est confondu.
640 WARBECK.
La duchesse a été sur-le-champ informée de cet incident par Belmont, et elle vient elle-même, pour réconcilier les deux princes. Elle veut que Warbeck tende la main à son ennemi , et comme il s*y refuse, elle lui donne à entendre qu'elle le veut ainsi. Elle appuie sur ce qu'Éric est un prince, et fait sentir à Warbeck , bien que d'une façon intelligible pour lui seul, sa dépendance et son néant.
Un aventurier vient comme ambassadeur, au nom d'Edouard de Clarence, demander un sauf-conduit qui permette à celui-ci de venir à Bruxelles, se présenter à la duchesse, sa tante, et mettre sous ses yeux les preuves de sa naissance. Il s'est échappé , dit-il , de la Tour de Londres , et vient faire valoir ses droits au trône d'Angleterre. Marguerite ne doute pas un moment de la tromperie ; mais il entre dans ses vues de la favoriser. Elle se montre donc disposée à y prêter la main , mais Warbeck parle contre, avec vivacité. Marguerite, de ce ton impérieux qui lui est propre, le remet à sa place, et lui fait sentir qu'il n'a pas voix au conseil en cette affaire. Warbeck est obligé de se taire, mais il sort en déclarant que l'épée décidera entre le prince de Clarence et lui.
Marguerite est maintenant seule avec Belmont , et remarque, avec un orgueilleux mécontentement, que Warbeck commence à se donner vis-à-vis d'elle certaines libertés. Elle a depuis longtemps de l'éloignement pour lui; maintenant, ses prétentions commencent à exciter sa haine. Non-seulement elle ne le trouve pas assez soumis; la comédie même qu'elle joue par son entremise lui est à charge , et son existence comme prince d'York, comme son neveu, humilie son orgueil de princesse.