‹ Theatre de Schiller;Chapitre 320 sur 335 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Le premier acte a montré Warbeck dans son rô]e apparent et public ; maintenant on Taperçoit dans son intérieur. La brillante enveloppe tombe ; on le voit négligé et traité indignement par les propres serviteurs que Marguerite lui a donnés. Quelquesuns doutent de lui et le méprisent à cause de cela ; d'autres ont foi en sa personne , mais le traitent avec dédain , parce qu*il est pauvre et qu'il vit des bienfaits de sa parente. La double misère d'un imposteur qui joue le rôle de prince , et d'un vrai prince qui est sans ressources , se réunit sur sa tète. Il manque du nécessaire et se voit privé , dans sa condition de prince , même du bonheur et de l'abondance dont il jouissait auparavant dans la condition privée.

Warbeck joue son rôle avec un sérieux sang-froid, une certaine dignité et une sorte de foi en lui-même. Tant qu'il représente Richard, il est Richard ; il Test en effet, j usqu'à un certain point, pour lui-même, et même, en partie, pour les complices de la fourberie. Il faut que ce semblant n'ait rien absolument qui sente le comédien ; ce doit être plutôt un oflice dont il est revêtu et avec lequel il s'est identifié, qu'un masque qu'il a pris. Le premier pas une fois fait, il a entièrement dépouillé sa personne antérieure. En prenant sa première résolution , il a adopté touted les démarches qui découlent de la démarche première, et il n'hésite plus sur aucun détail de son rôle, après s'en être chai*gé dans son ensemble. Une certaine obscurité poétique où il se trouve , relativement à lui-même et à son personnage , une superstition , une sorte d'hallucination , l'aident à sauver sa moralité. Ce qui fait de lui un fou aux yeux de la duchesse est précisément ce qui sert à le justifier.

538 WARBECK.

Il ne doit jamais se plaindre, excepté à la fin , quand Tamour a ouvert son cœur. Il souffre les offenses avec une indignation qu'il réprime, et il fait le bien avec une grandeur orgueilleuse et une certaine sécheresse, d'une façon non pas sentimentale , mais effective et pratique, par une sorte de noble fierté, naturellement et sans réflexion.

Il faut qu'on voie d'une manière sensible combien il est naturel qu'un tendre intérêt pour le prétendu Richard prenne naissance dans le cœur de la princesse et y devienne un véritable amour.,., effet de l'imposture auquel on n'a pas songé et qu'il était cependant facile de prévoir. C'est un spectacle tragique de voir comment une belle âme est engagée, par le sentiment le plus humain, dans de malheureuses relations; comment, là où l'on n'a semé que la ruine et la mort, une noble vie a germé.

La princesse est une jeune fille simple et naive qui n'a aucune des prétentions de son rang. — Sa naissance et sa condition ne lui apparaissent que comme des barrières qui l'arrêtent et font obstacle à sa belle nature. La grandeur n'a pour elle aucun charme; elle n'est sensible qu'au bonheur du cœur, et la seule chose qui rappelle sa naissance, c'est qu'elle parle avec une certaine exaltation de la condition privée, qui lui parait plus poétique, précisément parce qu'elle y est elle-même étrangère et ne la voit que de loin.

Adélaïde est plus occupée de l'amour qu'elle a pour Warbeck, que de celui qu'il a pour elle. Elle est d'une nature résignée ; elle a été élevée pour le sacrifice. Elle n'ose pas aspirer

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