FRAGMENTS DES PREMIÈRES SCÈNES
lever le voile. Il est vrai , le meurtrier Tirrel fut envoyé pour égorger les princes; il montra l'ordre souverain du roi Richard. Le prince de Galles tomba sous son poignard. Le même sort devait frapper son frère; mais, soit que la conscience du bar^ bare se fût éveillée , soit que la touchante prière de Tenfant ait fait chanceler dans sa poitrine son cœur de fer,... il porta un coup mal assuré , et , saisi d'horreur à cette affreuse action , il s'enfuit
FIN DE WARBECK.
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Malte est assiégée par toute la puissance de Soliman, qui a juré la ruine de l'ordre. Avec les généraux turcs, Mustapha et Pialy, sont réunis les corsaires Uluzzialy et Dragut , et les Algériens Hascem et Candélissa. La flotte des Turcs est devant les deux ports, et nul secours ne peut, sans lui livrer bataille, être introduit dans Tile. Sur terre, les ennemis ont attaqué le fort Saint-Elme et déjà ils ont obtenu de ce côté de grands avantages. La possession de ce fort les rendrait maîtres des deux ports, et les mettrait en état d'attaquer avec succès Saint-Ange, Saint-Michel et il Borgo, places qui renferment toutes les forces de Tordre.
La Valette est grand maître à Malte. Il a prévu Tattaque des Turcs et s'y est préparé. Les chevaliers ont été appelés dans nie et y ont paru en grand nombre. Outre les chevaliers , il s*y trouve encore environ dix mille soldats ; on ne manque ni de munitions de guerre ni de provisions de bouche et les fortifications sojit en bon état. On compte cependant sur un renfort venant de Sicile, parce que les ennemis, par leur nombre et leur persévérance , ruineraient nécessairement les ouvrages et détruiraient à la longue les défenseurs de l'île.
La Valette a toute raison d'espérer dès secours de Sicile , car
la ruine de Malte mettrait dans le plus grand danger les États du roi d'Espagne. Aussi Philippe II lui a-t-il promis toute son assistance et a-til donné des ordres à cet effet a son vice-roi en Sicile. Une flotte est équipée dans les ports de cette lie; beaucoup de chevaliers et d*autre gens de guerre sont accourus afin de s*embarquer pour Malte. Les diargés d'affaires du grand maître sont infatigables auprès du vice-roi , pour hâter le départ de cette flotte.
Mais la politique espagnole est beaucoup trop égoïste pour faire quelque grande tentative en faveur de cette grande cause. La puissance des Turcs effraye les Espagnols, qui cherchent à gagner du temps, jusqu'à ce que l'ennemi soit affaibli. Ils espèrent ce résultat de la résistance de l'ordre , vu la bravoure de ses chevaliers , et ils attendent par conséquent ou que le siège soit levé ou que la victoire devienne plus facile. Que l'ordre y sacrifie ses forces, cela leur est indifférent; tout ce qu'ils veulent , c'est qu'il ne périsse pas entièrement. Le vice-roi de Sicile promet donc de temps en temps du secours, mais l'effet ne suit pas la promesse.
Cependant le fort Saint-Elme est pressé de plus en plus vivement par l'ennemi. Ce fort, vu son étroite surface, où l'on n'a pas pu élever beaucoup d'ouvrages , n'est pas une place capable d'une longue résistance , et contient peu de garnison. Les Turcs sont déjà maîtres de quelques ouvrages extérieurs; leur artillerie domine les remparts, et ils ont fait des brèches considérables. La garnison n'est pas défendue par les fortifications, et, avec toute sa vaillance , elle devient une proie facile de l'artillerie ennemie.
Dans ces circonstances, les chevaliers auxquels ce poste est confié , demandent au grand maître qu'il leur soit permis de se retirer dans un lieu tenable, parce qu'il n'y a aucun espoir de conserver Saint-Elme. Les autres chevaliers représentent aussi au grand maître qu'il sacrifie sans utilité les chevaliers de Saint-Elme; qu'il n'est pas sage d'affaiblir peu à peu, par la défense prolongée d'une place non tenable, les forces de l'ordre; qu'il vaudrait mieux concentrer toutes ces forces au chef-lieu.
Ces motifs sont très-spécieux , mais le grand maître pense tout autrement. Bien qu'il soit lui-même convaincu que Saint-Elme
ne peut être défendu , et quM plaigne douloureusement lei^ chevaliers qui y sont sacrifiés , deux raisons cependant Tempêchent de livrer la place. D'abord , il importe extrêmement que Saint?- Elme se maintienne le plus longtemps possible pour donner à la flotte auxiliaire de Sicile le temps d'arriver. Car si ce fort est aux mains des ennemis, ils peuvent fermer les deux ports, et le secours devient plus difficile. Alors, d'ailleurs, les Espagnols, comme ils en ont menacé, vireraient de bord. En second lieu, la puissance des Turcs sera nécessairement affaiblie, physiquement et moralement, s'ils sont obligés de conquérir Saint- Elme d'assaut. Leur perte dans cette entreprise leur rendra plus difficiles ensuite les attaques du chef-Ueu , et un tel exemple de défense désespérée leur donnera une si haute idée de la bravoure chrétienne , qu'ils commenceront à douter de la victoire et seront moins disposés à de nouveaux combats.
Le grand maître a donc des motifs prépondérants de sacrifier au bien commun ime partie de ses chevaliers , les défenseurs du fort Saint-Elme* Une telle conduite n'a rien de contraire aux statuts de l'ordre, puisque chaque chevalier, au moment de son admission, s'est engagé à donner sa vie, avec une obéissance aveugle, pour la religion. Mais pour se soumettre à une loi si sévère, il faut le pur esprit de l'ordre, parce qu'une telle action doit être produite par un sentiment intérieur et ne peut être contrainte par une force extérieure.
Mais ce pur esprit de Tordre, qui est si nécessaire en ce moment , n'existe pas. Les chevaliers sont hardis et vaillants , mais ils veulent l'être à leur façon et ne pas se soumettre à la loi avec une aveugle résignation. La circonstance exige une disposition de cœur toute spirituelle, et leur cœur est mondain. Ils ont dégénéré du primitif esprit de leur institution; ils aiment autre chose encore que leur devoir ; ce sont des héros , mais non des héros chrétiens. L'amour , la richesse , l'ambition , l'orgueil national et d'autres ressorts semblables, excitent leurs cœurs.
Les désordres ont atteint , au moment du siège , leur plus haut degré. Beaucoup de chevaliers s'abandonnent ouvertement à leurs excès et se prévalent de ce que la guerre et le danger favorisent la liberté. La Valette a été indulgent jusqu'ici , soit
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par suite de ses dispositioDs libérales , soit parce qu'il ne se sentait pas exempt lui-même de certaines faiblesses humaines ; mais maintenant il se voit forcé de rétablir l'ordre dans sa première pureté et de le créer en quelque sorte de nouveau.
FRAGMENT DE LA PREMIERE SCENr.
Une galerie ouverte d*où la vue s'étend sur le port
ROMÉGAS et BIRON se disputent une captive grecque, re/ut-ri Va saisie i celui-là veut s'emparer (Telle.
BOMÉGAS.
Téméraire, arrête! Tu m'enlèves une esclave que j'ai conquise et déclarée mienne?
BmoN.
Je lui donne la liberté. Qu'elle choisisse elle-même celui qu'elle préfère suivre.
ROMiGAS.
Elle est à moi par le droit et l'usage de la guerre; je l'ai prise sur le vaisseau du corsaire.
smoN.
Celui-là dédaigne la grossière pratique des corsaires, qui sait plaire à des cœurs libres.
ROMÉGAS.
La beauté des femmes est le prix du courage.
BlRON.
L'épée du chevalier protège l'honneur des femmes.
ROMlâGAS.
Défends Saint-Elme! C'est là ta place.
BIRON
Là est le combat, et ici le salaire du combat.
t. Ce fragment est en vers dans Toriginal.
ROMÉGAS.
Certes il est plus sûr de voler ici des femmes que de résister làvirilement aux Turcs.
BIAON.
Il fait bon parler ici , dans le cloitre , de la lutte ardente qui s'enflamme sur la brèche.
ROlfÉGAS.
Obéis à qui te commande! Arrière!
BIBON.
Règne sur ta flotte, non pas ici!
ROMÉGAS.
Respecte la grand'croix que tu vois sur ma poitrine !
BIRON
La petite que voici couvre un grand cceur.
ROBfÉGAS.
Tia langue de Provence est glorieuse-
BIRON
Plus tranchant encore est son glaive.
ROMÉGAS.
DES CHEVALIERS Viennent au bruit.
L'Espagnol a raison.... Il faut châtier l'arrogance du Provençal.
d'autres chevaliers viennent de Vautre côté.
Trois épées contre une!
Au secours ! au secours ! Trois épées contre une ! Sus au Castillan ! Courage , brave fr^re I Nous sommes avec toi 1 Toute la langue te vient en aide.