SCÈNE VI
LES PRÉGÉDENTS, LEICESTER.
LEiCESTER ouvre la porte avec violence et entre dCun air impérieux. Je veux voir l'impudent qui m'interdit la chambre de ma reine.
ELISABETH
Ah ! le téméraire !
LEICESTER
Me renvoyer! Quand elle est visible pour un Burleigh, elle l'est aussi pour moi !
BURLEIGH
Vous êtes bien hardi, milord, d'entrer ici d'assaut, malgré la défense.
LEICESTER
Vous êtes bien audacieux, milord, de prendre ici la parole. La défense ! Quoi ? Il n'y a personne à cette cour de qui lord Leicester puisse recevoir une permission ou une défense. (S'approchcmt humblement d'Elisabeth.) C'est de la propre bouche de ma reine que je veux....
ELISABETH , sans Ic regarder.
Sortez de ma présence , indigne !
LEICESTER
Ce n'est pas ma bienveillante Elisabeth que j'entends, c*est le lord mon ennemi que je reconnais à ces dures paroles.... J'en appelle à mon Elisabeth.... Vous avez prêté l'oreille à ses discours , je réclame le même droit.
éUSABETH.
Parlez, infâme! Aggravez votre crime! Niez -le!
LEICESTER
Laissez d'abord cet importun s'éloigner.... Retirez-vous , milord.... Ce que j'ai à traiter avec ma reine ne demande pas de témoin. Allez.
ELISABETH, à Burleigh.
Demeurez. Je l'ordonne !
LEICESTER
Qu'a donc à faire un tiers entre vous et moi? J'ai à parler à ma souveraine adorée.... Je maintiens les droits de ma place.... Ce sont des droits sacrés, et j'insiste pour que milord s'éloigne.
ELISABETH
C'est bien à vous que sied ce fier langage !
LEICESTER
Oui, il me sied, car je suis l'heureux mortel à qui votre faveur a donné la plus haute prééminence; c'est ce qui m'élève audessus de lui et de tous ! C'est votre cœur qui m'a accordé ce rang glorieux , et ce que l'amour m'a donné , je saurai , par le ciel! le garder au prix de ma vie. Qu'il sorte.... et je n'aurai besoin que de deux instants pour me mettre d'accord avec vous.
ELISABETH
Vous espérez en vain me séduire par votre rusé babil.
LEICESTER
Ce bavard a pu vous séduire par son babil , mais moi , je veux parler à votre cœur, et ce que j'ai osé, me fiant à votre faveur, je ne veux aussi le justifier que devant votre cœur.... Je ne reconnais au-dessus de moi d'autre tribunal que votre affection.
ELISABETH
Impudent ! C'est précisément elle qui d'abord vous condamne.... Montrez-lui la lettre, milord !