SCÈNE I
HANNA KENNEDY , en grand deuil , les yeux fatigués de pleurer, et dans une profonde , mais silencieuse douleur , est occupée à ^ceUer des paquets et des lettres. Souvent son affliction tinterrompt dans ce soin^ et on la voit par intervalles prier en silence. PAULET et DRURY, également vêtus de noir , entrent suivis de nombreux SERVITEURS, qui portent des vases (Tor et d'argent, des miroirs, des tableaux et d^ autres objets de prix, dont ils remplissent le fond du théâtre. Paulet remet à la Nourrice un écrin, avec un papier , et lui fait signe que c'est la note des choses que ton a apportées. La vue de ces richesses renouvelle la douleur de la Nourrice; eUe tombe dans une profonde tristesse, pendant que les autres acteurs se retirent en silence. MELYIL entre.
KENNEDY s'écriô , dès qu'eUe F aperçoit. Melyil! C'est vous ! vous que je revois!
IIELVIL.
Oui , fidèle Kennedy , nous nous revoyons
KENNEDY
Après une longue , longue et douloureuse séparation!
MELVIL
Fatale et douloureuse Munion !
KENNEDY
ODieu ! vous venez....
MELVIL
Dire un dernier , un éternel adieu à ma reine.
KENNEDY
Maintenant enfin , maintenant, au matin de sa mort, il lui est donné de revoir les siens , dont elle fut privée si longtemps.... 0 cher Melvil! je ne veux pas vous demander ce qui vous est arrivé , vous dire les souffrances que nous avons éprouvées, depuis qu'on vous arracha d*auprès de nous. Ah! sans doute nous en aurons le temps quelque jour ! 0 Melvil ! Melvil! nous fallait-il vivre pour voir l'aurore de ce jour ?
MELVHi.
Ne nous amollissons pas Tun l'autre ! Je pleurerai , tant qu'il y aura en moi un souffle de vie; jamais un sourire n'égayera plus mon visage , jamais je ne déposerai ce sombre vêtement! Mon deuil sera éternel , mais aujourd'hui je veux être ferme.... Promettez-moi aussi de modérer votre douleur.... et, pendant que les autres s'abandonnent à l'inconsolable désespoir , donnons-lui l'exemple, nous, d'une noble et mâle assurance, et soyons-lui un appui sur le chemin de la mort.
KENNEDY
Melvil , vous êtes dans Terreur , si vous croyez que la reine ait besoin de notre assistance , pour aller fermement à la mort. C'est elle-même qui nous donne l'exemple d'une noble assurance. Soyez sans crainte ! Marie Stuart mourra en reine , en héroïne.
ïiELVIL.
A-t-elle reçu avec assurance le message de mort? On dit qu'elle n'y était pas préparée.
KENNEDY
Elle ne l'était pas. De tout autres frayeurs tourmentaient ma niattresse. Ce n'était pas devant la mort , mais devant son libérateur que Marie tremblait.... La liberté nous était promise. Mortimer avait assuré que cette nuit il nous emmènerait d*ici , et flottant entre la crainte et l'espoir , ne sachant si elle oserait confier à ce jeune audacieux son honneur et sa royale personne, la reine a attendu jusqu'au matin.... Alors un soudain tumulte éclate dans le château ; on frappe et de nombreux coups de marteaux effrayent notre oreille. Nous croyons entendre nos libérateurs ; l'espérance nous sourit , le doux amour de vivre s'éveille en nous involontairement, avec sa toute-puissance.... Tout à