ACTE I, SCÈNE II
Église.... Je demande aussi lin greffier, des notaires, pour rédiger ma dernière .volonté. Le chagrin , la longue douleur de la prison rongent ma vie. Mes jours sont comptés, je le crains, et je me regarde comme une mourante.
PAULET
Vous faites bien ; ce sont là des pensées qui vous conviennent.
MARIE
Et sais-je si une main rapide ne hâtera point le lent effet du chagrin? Je veux faire mon testament, je veux disposer de ce qui est h moi.
PAULET
Vous en avez la liberté. La reine d'Angleterre ne veut pas s'enrichir de vos dépouilles.
MARIE
On m'a séparé de mes femmes fidèles, de mes serviteurs.... Où sont-ils? Quel est leur-sort? Je puis me passer de leurs services, mais je veux être assurée que ces cœurs dévoués ne sont point dans la souffrance et dans le dénûment.
PAULET
On a pris soin de vos serviteurs. (// veut sortir.)
MARIE
Vous vous éloignez, sir? Vous me quittez encore, et sans soulager du tourment de l'incertitude mon cœur inquiet, alarmé. Je suis, grâce à la vigilance de vos espions, séparée du monde entier; aucune nouvelle ne parvient jusqu'à moi, à travers les murs de cette prison. Mon sort est dans les mains de mes ennemis. Un long et pénible mois est passé depuis que les quarante commissaires sont venus me surprendre dans ce château, ont érigé un tribunal, et soudain, avec une indécente précipitation, sans que je fusse préparée, assistée d'un avocat, m'ont fait comparaître devant cette justice inouïe, pour répondre subitement, de mémoire, tout étourdie et surprise, à de graves accusations, perfidement combinées.... Ils sont venus comme des fantômes et ont disparu de même. Depuis ce jour, toute bouche est muette pour moi. Je cherche en vain à lire dans vos regards si c'est mon innocence, le zèle de mes amis qui ont prévalu, ou le méchant conseil de mes ennemis. Rompez enfin
votre silence.... Faites-moi savoir ce que j'ai à craindre, à espérer.
PAULET, après une pause Réglez votre compte avec le ciel.
MARIE
J'espère en sa miséricorde, sir.... et j'attends une rigoureuse justice de vos juges terrestres.
PAULET
Justice vous sera faite. N'en doutez pas.
MARIE
Mon procès est-il jugé, sir?
PAULET
Je ne sais.
MARIE
Suis-je condamnée?
Je ne sais rien, milady.
MARIE
On aime ici à aller vite en besogne. Le meurtrier doit-il me surprendra comme les juges?
PAULET
Pensez toujours qu'il en est ainsi , et alors il vous trouvera dans une disposition meilleure que ceux-ci.
liARIE.
Rien ne doit m'étonner dans la sentence que peut oser rendre une cour de justice dans Wesminsterhall , dirigée par la haine de Burleigh et le zèle de Hatton.... Ne sais-je pas ce que peut se permettre la reine d'Angleterre?
PAULET
Les souverains d'Angleterre n'ont rien à appréhender que leur conscience et leur parlement. Ce que la justice aura prononcé, le pouvoir l'exécutera sans crainte, à la face de tout l'univers.