SCENE VI
LES PRÉCÉDENTS; MARIE; elh est vêtue de blanc et comme pour une fêle; elle porte au cou^ à une chaîne de petits globes^ un Agnus Dei ; un rosaire pend à sa ceinture, elle a un crucifix à la main et un diadème dans les cheveux ; son grand voile noir est rejeté en anière. A son entrée ^ les assistants se r^irent des deux côtés et expriment la plus vive douleur. Meîvil, par un mouvemmt involontaire , est tombé à genoux.
HARŒ, avec une dignité calme, promène ses regards sur tout
le cercle.
Pourquoi gémissez-vous? pourquoi pleurez-vous? Vous devriez vous réjouir avec moi de voir enfin approcher le terme de mes souffrances , mes chaînes tomber, ma prison s'ouvrir, et mon âme joyeuse s'élancer sur des ailes d'ange vers l'éternelle liberté. Quand j'étais livrée au pouvoir de nwn orgueilleuse ennemie, que j'endurais d'odieux outrages, indignes d'une libre et grande reine, c'était là le temps de pleurer sur moi!... La mort s'approche de moi , bienfaisante , réparatrice , comme un austère ami. De ses noires ailes elle couvre ma honte.... La dernière heure ennoblit l'homme , quelque bas qu'il soit tombé. Je sens de nouveau la couronne sur ma tête , un digne orgueil dans mon noble cœur. {S'avançant de quelques pas.) Comment? Melvil ici?... Pas ainsi, noble sir! Levez-vous! Vous êtes venu au triomphe de votre reine , non à sa mort. C'est pour moi un bonheur, bonheur inespéré , que ma mémoire ne soit pas livrée entièrement aux mains de mes ennemis, que j'aie pour témoin, à rheure de ma mort, un ami, qui professe ma croyance.... Dites , noble chevalier, quel a été votre sort sur cette terre ennemie, inhospitalière, depuis qu*on vous arracha d'auprès de moi? Les inquiétudes que j'avais pour vous ont souvent tourmenté mon cœur.
MELVIL
Aucune autre souffrance ne pesait sur moi que ma douleur à votre sujet et mon impuissance à vous servir.
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MARIE
Qu'est devenu Didier, mon vieux valet de chambre? Mais sans doute il dort depuis longtemps déjà du sommeil éternel, car il était avancé en âge.
MELVIL
Dieu ne lui a pas- fait cette grâce ; il vit pour ensevelir votre jeunesse.
MARIE
Que ne m'est-il donné d'embrasser encore , avant ma mort , quelqu'une de ces têtes chéries qui me sont unies par les liens du sang! Mais il faut que je meure parmi des étrangers, que je ne voie couler que vos larmes!... Melvil, mes derniers vœux pour les miens , je les dépose dans votre sein fidèle.... Je bénis le roi très-chrétien, mon beau-frère , et toute la maison royale de France.... je bénis mon oncle le cardinal, et Henri de Guise, mon noble cousin; je bénis aussi le pape , le saint vicaire de Jésus-Christ , qui me bénit à son tour , et le roi catholique qui s'est offert à me sauver , à me venger.... Ils sont tous dans mon testament , et ils ne dédaigneront pas les dons de mon amour , quelque pauvres qu'ils soient. (Se tournant vers ses serviteurs,) Je vous ai recommandés à mon royal frère de France ; il aura soin de vous, il vous donnera une nouvelle patrie; et, si ma dernière prière vous est chère, ne restez pas en Angleterre, afin que l'Anglais ne repaisse point son cœur orgueilleux de votre infortune, qu'il ne voie pas dans la poussière ceux qui m'ont servie. Par cette image du Crucifié , promettez-moi de quitter aussitôt , dès que je ne serai plus, ce malheureux pays.
MELViL touche le crucifix.
Je vous le jure, au nom de tous ceux que vous voyez ici*
MARIE
Tout ce que je possédais encore, pauvre femme dépouillée, tout ce dont je puis disposer librement, je l'ai partagé entre vous; on respectera, je l'espère, ma dernière volontéi Ce que je porte en marchant à la mort vous appartient aussi...* Permettez-moi , une fois encore, la splendeur de cette terre , sur la route qui me mène au ciel. {A ses femmes ;) A vous, mon Alix, Gertrude, Rosamonde, je destine mes perles, mes habits, car votre jeunesse aime encore la parure. Toi, Marguerite, tu as les